Voir les informations
Naître coupable ou devenir délinquant ? L’hérédité en procès à Chicago (1909–1917)

En 1909, dans les locaux du tribunal pour enfants de Chicago, le médecin aliéniste William Healy (1869-1963) prend la tête du Juvenile Psychopathic Institute (JPI)1, une structure d’expertise et de recherche consacrée à l’étude clinique des enfants délinquants convoqués devant le premier tribunal pour mineurs des États-Unis2. Ce dispositif expérimental, qui s’inscrit dans le sillage des mouvements réformateurs locaux, réunit un réseau de collaboration interprofessionnel qui impose un nouveau mode d’expertise médico-légale à partir d’enquêtes cliniques et sociales minutieuses, attentives à l’environnement matériel, familial et social des prévenus. S’appuyant sur les apports de l’histoire de la gestion de la délinquance juvénile3 – en étant notamment attentif aux enjeux de juridiction professionnelle dans lesquels l’Institut est inséré4 – il s’agit toutefois d’adopter ici une perspective différente, enracinée dans la sociologie historique des sciences et des techniques. Pour ce faire, ce travail prend appui sur la richesse des archives du JPI5 – bien qu’il prenne le nom d’Institute for Juvenile Research à partir de 1917, seul l’acronyme JPI sera utilisé pour des raisons de clarté – conservées au musée d’histoire de Chicago, ainsi que sur la retranscription d’entretiens biographiques que William Healy et la psychologue Augusta Bronner (1881-1966), sa plus proche collaboratrice et seconde épouse, ont accordés à l’historien John C. Burnham entre 1960 et 19616. Bien que le couple ait décidé que l’on ne puisse pas en publier de verbatim, ces récits de vie offrent un accès précieux à la manière dont ils ont construit leur récit professionnel en négociant les tensions entre recherche scientifique, contraintes institutionnelles et intervention clinique.

Ce texte propose de revenir sur les premières années du JPI, pour analyser comment, derrière les gestes de l’expertise clinique quotidienne, y ont été éprouvés des canons scientifiques environnementalistes qui font feu sur les étiologies (étude des causes des maladies) atavistes et eugénistes dominantes. L’atavisme criminel, dérivé des travaux du médecin légiste italien Cesare Lombroso (1835-1909), postule que certains individus portent les marques d’un retour à des stades antérieurs de l’évolution, ce qui les prédisposerait biologiquement au crime7. L’eugénisme renvoie à un ensemble hétérogène de doctrines et de politiques visant à améliorer une population en intervenant sur sa reproduction. Fondé sur l’idée que certaines caractéristiques – dont la criminalité – peuvent être héréditaires, il a pu prendre des formes diverses, allant de programmes réformateurs d’éducation et de santé publique à des mesures coercitives telles que la stérilisation ou la ségrégation des individus jugés indésirables8. Ces approches reposent sur une même tendance à naturaliser les problèmes sociaux en les rapportant à des différences biologiques inscrites dans les corps et les lignées, et ont largement structuré les pratiques médico-légales et les politiques sociales états-uniennes avant d’être progressivement concurrencées, à partir du début du XXe siècle, puis plus nettement après la Seconde Guerre mondiale, par des approches environnementales et sociales 9.

Le JPI est une « zone d’échange » disciplinaire10, au sein de laquelle des tenants de la psychiatrie, de la psychologie, du travail social et de la justice coopèrent. Son existence produit également des échanges en direction d’autres espaces, notamment vers la faculté de sociologie de l’université voisine. En particulier, les trajectoires d'Ernest W. Burgess (1886-1966) et de William I. Thomas (1863-1947) témoignent de rapprochements préliminaires, qui aboutissent en 1926 à l’institutionnalisation du dialogue par la création d’un département de sociologie interne à l’Institut, dirigé initialement par Clifford R. Shaw (1895-1957). Sur ce point, cet article propose d’interroger l’hétéronomie de ladite « Première École de Chicago », car comme l’a souligné Andrew Abbott, l’un des effets de la mythologie disciplinaire est d’effacer les conditions concrètes de la production des savoirs, en la présentant comme un ensemble de fondations autarciques plutôt que comme le produit d’alliances contingentes, de dépendances institutionnelles et de dynamiques locales11. Si ce que les sociologues doivent aux travailleuses sociales, militantes et philanthropes de Chicago a déjà été documenté12, ce qu’ils ont braconné aux équipes du JPI a en revanche moins eu tendance à être souligné.

L’équipe est au cas (1909-1917)

Les bâtiments de la réforme

Au tournant du XXe siècle, Chicago connaît une croissance démographique particulièrement spectaculaire, sa population passant de moins de 300 000 habitants en 1870 à près de 2,7 millions en 1920. Cette expansion génère d’importantes difficultés urbaines, marquées par la précarité économique, la ghettoïsation, et l’augmentation de la délinquance, particulièrement visible chez les jeunes populations immigrées des quartiers populaires13. Le Juvenile Psychopathic Institute émerge dans ce contexte, porté par un réseau de militantes issues de la bourgeoisie culturelle locale regroupées autour de la Hull House, bâtiment communautaire fondé en 1889 par Jane Addams (1860-1935) et Ellen Gates Starr (1859-1940). Elles y expérimentent diverses formes d’action éducative, culturelle et sociale tout en produisant de la connaissance sur les conditions de vie des habitant·es des quartiers paupérisés14.

photo en noir et blanc d'une façade

Façade de la Cook County Juvenile Court, 202 Ewing Street, West Side, 1907.

La création, en 1899, du premier tribunal pour enfants au monde, est l’un des aboutissements les plus retentissants des milieux progressistes de Chicago. Présentée comme une rupture humaniste majeure, elle consolide toutefois des pratiques déjà existantes et est en réalité le fruit d’un compromis politique d’origine conservatrice15. Cette nouvelle institution a pour ambition de substituer à la logique punitive usuelle, une approche davantage tournée vers la protection et la réhabilitation. Mais ce déplacement soulève un problème pratique : les juges se retrouvent face à des enfants sur lesquels ils ne disposent que de peu d’informations fiables qui puissent leur permettre d’éclairer leur décision. C’est de ce besoin d’expertise qu’émerge l’idée d’un institut dédié à l’étude des enfants judiciarisés. L’initiative est portée par Ethel Dummer (1866-1954), philanthrope et soutien actif de la Hull House, qui se met à la recherche d’un médecin qui puisse prendre la direction du projet pour le légitimer scientifiquement. Elle sollicite d’abord l’aide d’Adolf M. Meyer (1866-1950), alors en poste à l’université Johns Hopkins, parmi les chefs de file d’une psychiatrie hygiéniste qui s’intéresse aux conditions de vie des patients16. Meyer, enthousiaste, la met en relation avec William James (1842-1910)17, psychologue et philosophe central dans le champ intellectuel états-unien, qui recommande à son tour l’un de ses anciens étudiants : William Healy.

 

William Healy

 

Né en 1869 en Angleterre, William Healy migre à Chicago avec sa famille après un déclassement brutal. Issu d’un milieu modeste et contraint de quitter l’école pour travailler dès ses 14 ans, il accède aux savoirs de manière autodidacte. Il s’initie notamment à la sociologie et à la philosophie à travers la lecture d’Herbert Spencer dont il admire l’œuvre. Il profite aussi des discussions qui animent l’Ethical Culture Society qu’il fréquente, branche locale d’un mouvement rationaliste et humaniste, qui promeut une éthique laïque fondée sur la réforme sociale. C’est dans ce cadre qu’il rencontre le philosophe William M. Salter, qui le soutient dans son projet d’études supérieures et le recommande à son beau-frère, William James. En 1893, Healy entre à l’université Harvard comme special student, un statut dérogatoire permettant l’inscription sans diplôme préalable, et suit les cours de James et du non moins célèbre Josiah Royce. Cette première formation est également fortement marquée par la psychologie expérimentale états-unienne naissante, du fait de sa fréquentation du laboratoire de Hugo Münsterberg. Il poursuit ensuite des études de médecine à la Rush Medical School de Chicago, se spécialise dans les troubles mentaux, puis séjourne en Europe pour se former aux approches psychiatriques en vigueur en Allemagne, en France et en Angleterre. Il y observe notamment les méthodes de la neurologie organiciste et les prémices de la psychanalyse freudienne. Ce parcours académique composite, à cheval sur plusieurs disciplines et plusieurs traditions nationales, forge chez Healy un capital culturel pluriel et une capacité d’adaptation intellectuelle qui le rendent apte à circuler entre différents registres de savoir et de légitimité. C’est dans cet entrelacs de savoirs philosophiques, sociologiques, médicaux et psychologiques qu’il développe sa posture de « traducteur », capable d’articuler les cadres interprétatifs de la psychiatrie, de la psychologie expérimentale et des institutions judiciaires ou sociales.

photo en noir et blanc de William Healy

Portrait de William Healy

La trame du diagnostic

Le Juvenile Psychopathic Institute voit officiellement le jour en 1909, hébergé dans le sous-sol aux fenêtres barrées de la maison de détention pour mineurs attenante au tribunal pour enfants, alors sous la juridiction du juge Merritt Pinckney (1850-1920). Le financement consenti par Dummer pour cinq ans garantit à l’Institut une bonne autonomie académique et administrative – condition essentielle à son fonctionnement expérimental – en contrepartie de l’élaboration des dossiers cliniques destinés à éclairer les décisions du tribunal. Dès ses débuts, le JPI s’inscrit ainsi dans une écologie professionnelle traversée par des luttes de juridiction, où la légitimité scientifique de l’institut se construit à l’intersection de logiques hétérogènes : une injonction philanthropique à protéger les mineurs, une contrainte judiciaire à statuer sur l’issue du jugement, et un impératif politique de démonstration de l’efficacité du dispositif – et, par là même, du tribunal tout entier18.

photo en noir et blanc de la salle

Salle à manger, dortoir et cuisine de la Cook County Juvenile Court

Dans la majorité des appareils judiciaires existants, que ce soit dans les tribunaux ou les institutions de placement, les décisions sont prises prestement à partir d’informations parcellaires. Les enfants sont placés sur la base d’un acte isolé, d’un soupçon d’anormalité, ou d’une appréciation morale des familles. L’objectif de l’intervention est alors de corriger, parfois de protéger, mais rarement d’investiguer plus en avant. À contrecourant, le JPI ambitionne de proposer un temps de commisération intermédiaire. Le dispositif repose sur l’étude de cas, centré sur la reconstitution détaillée de la trajectoire du jeune délinquant. Cette méthode, attentive à la boy’s ou girl’s own story, se distingue des investigations médico-légales classiques. Elle repose sur l’idée que l’enfant détient une part de l’intelligibilité de sa conduite, et qu’elle ne peut être saisie que si l’on crée les conditions d’un récit non contraint, accueilli par une posture compréhensive. L’usage de l’étude de cas connaît alors depuis les années 1880 un essor aux États-Unis, préfiguré par le travail de certains journalistes réformateurs19. À la Hull House, les enquêtes sociales s’appuient sur des récits de vie individuels pour documenter les effets de la pauvreté et de l’immigration. L’usage de récits de vie vise autant à comprendre qu’à susciter la compassion : ils donnent chair aux problèmes sociaux en les inscrivant dans des trajectoires singulières. James, le mentor de Healy, confère également une légitimité théorique à cette approche en valorisant la diversité des expériences subjectives, tandis que, sous la houlette d’Adolf Meyer, la psychiatrie états-unienne prend un tournant psychosocial privilégiant une approche idiographique centrée sur l’histoire singulière du patient20. Ce style empirique, ainsi que les pratiques d’enquête monographique qui l’accompagnent, sont repris, adaptés et intégrés au sein du protocole du JPI, non comme de simples auxiliaires de la médecine, mais comme des composantes constitutives de l’analyse clinique. Comprendre un jeune délinquant suppose, dans cette perspective, de reconstituer les différentes dimensions de sa trajectoire au sein de son environnement quotidien.

Le second pilier de l’Institut repose sur la constitution d’une équipe composée de professionnels aux compétences variées, réunis dans un même lieu afin d’assurer une prise en charge coordonnée des jeunes confiés à l’établissement. Ce mode de fonctionnement s’impose d’abord comme une réponse aux exigences pratiques de l’enquête : saisir la complexité d’une trajectoire individuelle suppose de mobiliser des regards complémentaires, que nul intervenant ne saurait maîtriser à lui seul. À ses débuts, l’équipe, qui se réunit toutes les semaines en staff conferences pour statuer sur les cas, est restreinte. Elle inclut Healy, psychiatre et directeur de l’institution, la psychologue Grace Fernald (1879-1950, remplacée en 1913 par Augusta Bronner), et une secrétaire, dont le nom s’est perdu dans le silence des archives. La présence d’une psychologue fait d’elle la première clinicienne à exercer sous la supervision d’un médecin, et simultanément la première à se spécialiser dans la prise en charge de la délinquance juvénile21. Faute de moyens financiers, le JPI ne dispose pas de travailleurs sociaux salariés. À la place, certains agents de probation, choisis pour leur fiabilité, sont donc détachés pour réaliser des enquêtes sociales. L’ensemble de ces matériaux – entretiens avec l’enfant, tests psychologiques, observations médicales, témoignages de l’entourage, description du milieu de vie – alimente une interprétation collective qui permet de comprendre les tensions et désajustements qui structurent la conduite de l’enfant, où le diagnostic n’est pas une clôture mais un compromis d’intelligibilité voué à éventuellement évoluer.

 

Augusta Fox Bronner 

 

Née en 1881 à Louisville, dans une famille juive d’origine allemande aisée et cultivée, Augusta Fox Bronner grandit dans un environnement où les ambitions intellectuelles féminines sont encouragées. Formée d’abord à l’enseignement, elle poursuit ses études au Teachers College de l’université de Columbia, haut lieu de la réforme éducative progressiste. Elle y devient l’assistante du psychologue Edward L. Thorndike, figure importante de la psychologie expérimentale de l’éducation, avec lequel elle développe une expertise dans l’analyse des compétences cognitives et des variations individuelles. Diplômée d’un Master en 1909, elle enseigne quelques années avant de revenir à Columbia pour y entreprendre une thèse, soutenue en 1913. Sa recherche, A Comparative Study of the Intelligence of Delinquent Girls, remet en cause l’idée largement répandue selon laquelle la délinquance féminine serait liée à une déficience intellectuelle : elle y montre que le « caractère » – entendu comme ensemble de traits de conduite – et le contexte social sont des variables explicatives bien plus discriminantes.

C’est cette même année qu’elle rencontre Healy, à l’occasion d’un cours d’été qu’il dispense à Harvard. Séduit par la rigueur de ses travaux, ce dernier l’invite à rejoindre le JPI en tant que psychologue. Dès lors, Bronner joue un rôle déterminant dans la structuration de la méthode clinique mise en place à l’Institut. Tandis que Healy conserve la responsabilité du versant médical et institutionnel, Bronner assure la coordination du travail psychologique, en particulier les tests mentaux, et supervise les jeunes praticiens en formation. Leur partenariat se prolonge dans les années 1920 par un lien personnel plus étroit, qui aboutit à leur mariage en 1932, après le décès de la première épouse de Healy.

photo en noir et blanc d'Augusta Fox Bronner

Portrait d'Augusta Fox Bronner 

Atavisme psychiatrique et eugénisme juridique

Au tournant du XXe siècle, les psychiatres cherchent sur les corps des marques d’une hérédité déficiente : asymétries faciales, formes du crâne, démarche, regard et positions des yeux, etc. Lorsque Healy fait ses études, la formation des médecins sur les afflictions mentales est encore embryonnaire sur le territoire, et la littérature disponible sur le sujet provient en effet presque exclusivement de cette veine européenne22. Le manuel le plus répandu est alors celui de Archibald Church (1861-1952) et Frederick Peterson (1859-1938), qui n’hésitent pas par exemple à consacrer plusieurs pages à la morphologie des oreilles (Figure 4).

photos en noir et blanc de 7 oreilles

Anomalies des oreilles.

Cette matrice étiologique imprimée en lui, Healy est pourtant rapidement dérouté lorsqu’il analyse les cas présentés au tribunal : les délinquants ne présentent pas les stigmates attendus. L’hérédité, loin d’apparaître comme un facteur décisif, se révèle souvent sans pertinence explicative. Cette surprise, Healy la partage avec Edith R. Spaulding (1881-1934), formée à la neurologie et à la psychiatrie, elle se joint au projet dans le cadre de sa thèse portant sur l’hérédité criminelle. Examinant ensemble les antécédents familiaux, les données physiques et les trajectoires de vie d’un millier de dossiers, il et elle concluent à l’inanité des explications déterministes univoques. Cela donne lieu en 1914 à la publication d’un article intitulé « Inheritance as a Factor in Criminality » dans le Journal of Criminal Law and Criminology, où ils défendent une distinction entre hérédité directe de la criminalité (jugée infondée) et l’hérédité indirecte de certains traits pathologiques (comme l’épilepsie, les troubles du développement ou la « faiblesse d’esprit »), dont les effets dépendent fortement de la qualité de l’environnement (relations familiales, condition économique, encadrement scolaire…) et qui peuvent sous certaines conditions aboutir au développement de tendances criminelles. En ce sens, un environnement adverse et une fragilité psychique peuvent prédisposer à certains comportements, mais ne sauraient expliquer à eux seuls le passage à l’acte délinquant. Healy et Spaulding s’attaquent ici plus généralement aux discours sur l’hérédité qui servent à justifier des positions eugénistes23, en particulier les plus radicales, celles qui aboutissent à la stérilisation forcée d’individus jugés héréditairement viciés (pratiquée dans huit États au moment de la publication de l’article). Cela est d’autant plus essentiel pour le travail d’expertise quotidien de Healy, que ces convictions eugénistes ont largement infusé dans la magistrature. Il rapporte par exemple une conversation avec un juge de Chicago qui voyait dans la délinquance une fatalité biologique héréditaire. Pour illustrer son propos, ce dernier lui expliqua longuement comment, sur sa propre ferme, il sélectionnait soigneusement les lignées de bétail et de chevaux selon leurs qualités génétiques, concluant que la même logique devait s’appliquer aux enfants jugés. Par la suite, Spaulding poursuivra cette critique, notamment auprès de femmes internées de Bedford Hills, où elle dénoncera l’usage abusif des tests psychométriques et proposera une lecture plus institutionnelle et relationnelle de la « psychopathie » féminine, qui préserve l’espoir de réhabilitation des femmes condamnées24.

La rupture scientifique et clinique proposée par Healy trouve son expression la plus aboutie dans la publication, en 1915, de The Individual Delinquent. Conçu comme une synthèse des premières années de travail au JPI, l’ouvrage expose de manière détaillée les cas rencontrés, les méthodes employées et les principes étiologiques progressivement élaborés. Soutenu par John H. Wigmore (1863-1943), doyen de la Northwestern University School of Law, qui aide à la publication, le livre marque une étape décisive dans la reconnaissance institutionnelle de son travail. Il rompt avec les approches centrées sur l’acte délictueux en lui-même, pour proposer une compréhension globale de l’individu judiciarisé. Sur le conseil de Wigmore, Healy opte pour les Éditions Little, Brown and Company, familière des juristes, ce qui signale d’emblée que l’ouvrage s’adresse également aux professions judiciaires25. Accueilli favorablement, le livre se diffuse rapidement, y compris en Europe. Healy raconte notamment qu’un directeur d’hôpital en Norvège lui avait un jour montré un exemplaire annoté du livre qu’il conservait soigneusement dans sa bibliothèque personnelle, preuve de son rayonnement international. Bien que plusieurs magistrats soutiennent ouvertement ses travaux, cette tentative de reconfiguration de l’étiologie judiciaire suscite des résistances : au-delà des opinions professionnelles en la matière, ce sont les contraintes propres aux procédures légales qui sont peu compatibles avec la lenteur et la complexité de l’approche prônée par Healy. Là où l’instruction demande une qualification rapide des faits, l’ambition de retracer les chaînes causales menant à l’acte apparaît comme un luxe de temps et de moyens – d’autant plus difficile à légitimer lorsque l’issue du procès reste avant tout punitive.

Dans son livre, Healy montre que l’expertise sur l’enfance déficiente se construit dans l’abondance des éléments explicatifs. Sur les 823 cas qui composent son échantillon, il indique qu’une majorité d’entre eux présentent des conditions de vie familiales délétères.

tableau à double entrée

Résumé des facteurs causaux par groupes et totaux dans 823 cas – 560 hommes, 263 femmes

Chaque cas est étudié selon une méthode d’examen individuel, qui croise observation clinique, recueil de l’histoire personnelle, tests mentaux, étude du tempérament, données physiques et environnement social. L’objectif est de dégager les facteurs qui permettent de rendre raison du comportement fautif. Par exemple, le cas n°333 « Mary Doe » illustre la manière dont Healy articule dispositions individuelles et influences sociales dans l’analyse de la déviance. Âgée de 18 ans, la jeune femme est décrite comme « très bien développée et bien nourrie26», dotée de « traits agréables et d’une expression avenante », sans anomalie sensorielle ni trouble mental apparent. Bien qu’elle n’ait jamais dépassé la troisième année de scolarité, ses performances aux tests psychologiques surprennent les examinateurs : elle montre une « bonne maîtrise mentale » et une orientation générale satisfaisante. L’essentiel de sa trajectoire délinquante repose sur des vols répétés dans les grands magasins où elle travaille, opérés selon un système qu’elle avait elle-même élaboré. Healy écarte les hypothèses héréditaires ou pathologiques et met l’accent sur une accumulation de facteurs contextuels : pauvreté liée à la maladie de certains proches, fréquents déménagements, interruptions scolaires répétées, et surtout absence de cadre éducatif stable. Il insiste sur le fait que la jeune fille souffre d’un manque d’« intérêts mentaux sains », ses lectures se limitant à la presse sensationnaliste et aux romans de bas étage. Surtout, il identifie comme facteur décisif un « conflit mental lié aux affaires sexuelles » : exposée dès l’enfance à des discours sur la sexualité, elle a entendu de la part de ses collègues les récits d’argent facile obtenu par des services sexuels, leur permettant de s’offrir vêtements et plaisirs auxquels elle n’avait pas accès. Sans jamais céder aux avances reçues, elle y a néanmoins longuement réfléchi. C’est « en réaction directe à cette situation », conclut Healy, « qu’elle en est venue au vol ». L’interprétation ne repose donc pas sur un vice de nature, mais sur un enchevêtrement de privations éducatives, de sollicitations ambivalentes et d’un imaginaire conflictuel lié au corps et à la morale. Le pronostic est jugé favorable, sous réserve d’un accompagnement adapté : un changement d’emploi, l’établissement d’une relation de confiance avec une femme capable de devenir « sa confidente, son guide et son soutien », ainsi que le développement de centres d’intérêt valorisants, permettraient selon Healy d’interrompre durablement la trajectoire délinquante.

Les héritages contrariés (1917-1942)

Le prix de l’institutionnalisation

Derrière l’image d’un institut à l’avant-garde de l’innovation clinique, cité comme l’un des creusets fondateurs de la pédopsychiatrie états-unienne, l’expérience du Juvenile Psychopathic Institute est également une aventure précaire, exposée à des conflits locaux, des fragilités structurelles et des malentendus persistants avec ses partenaires institutionnels. Dès les premières années, Healy se heurte aux attentes contradictoires des acteurs judiciaires et politiques. Si l’ouverture du tribunal pour enfants en 1899 avait été portée par un idéal réformateur fort, les moyens alloués pour le concrétiser restent limités. L’équipe en petit effectif doit faire face à une augmentation constante du nombre de cas portés devant le tribunal, sans pouvoir épaissir leurs rangs. Ce sont avant tout les cas les plus difficiles, les enfants réputés incasables, qui ont tendance à être orientés vers le JPI. Cette concentration des profils les plus complexes accentue la pression sur les équipes. De plus, Healy et Bronner déplorent que l’Institut ait été cantonné par les juges au seul diagnostic, sans pouvoir assurer le suivi thérapeutique, ce qui contredit leur programme initial. Cette séparation des fonctions a nourri un sentiment de frustration, tant pratique que scientifique : ils n’ont pu ni vérifier l’efficacité de leurs recommandations, ni systématiser les données pour faire émerger des régularités cliniques transposables. Dans l’ensemble, ces éléments donnent à voir la vulnérabilité structurelle du dispositif, encastré dans un rapport de force défavorable qui ne permet pas de négocier des frontières professionnelles et des moyens financiers à la hauteur de leurs ambitions.

La fin du financement privé du JPI, prolongé jusqu’en 1917, marque un tournant décisif. Dès 1915–1916, Bronner évoque des pressions politiques croissantes, notamment des tentatives d’ingérence, comme la volonté d’imposer un psychologue issu d’un réseau local. En 1917, Healy quitte la direction de l’Institut, épuisé par les tensions institutionnelles et soucieux de préserver l’intégrité du projet. Avec Bronner, ils choisissent de quitter Chicago pour Boston, attirés par les perspectives qui leur sont offertes par la création du futur Judge Baker Guidance Center. Healy confie alors la direction de l’Institut à Herman M. Adler (1876-1935). Dans ses entretiens, il souligne le rôle décisif de ce dernier dans la pérennisation du projet. Dans l’année, l’Institut prend le nom d’Institute for Juvenile Research pour être intégré au Department of Public Welfare de l’État de l’Illinois, au sein de la Division of Criminology. Ce changement de dénomination peut être lu comme une forme d’aboutissement du programme du Juvenile Psychopathic Institute, Healy considérant en effet rétrospectivement que l’intitulé initial était inadéquat, car il reconduisait la doxa ataviste en assimilant la délinquance juvénile à une pathologie mentale. À partir de 1917, le JPI est détaché du tribunal pour enfants pour devenir une agence bureaucratique publique, centre de référence pour d’autres institutions (écoles, hôpitaux, services de probation). En 1918, l’Institut quitte les locaux du tribunal pour s’installer dans un bâtiment dédié, au 912 South Wood Street, à proximité du Psychopathic Hospital de l’université de l’Illinois. Ce déplacement physique consacre la sortie du giron judiciaire et l’entrée dans une logique de santé publique coordonnée à l’échelle de l’État.

Dans les années qui suivent, le JPI devient un organe de coordination des politiques de santé mentale infanto-juvénile. Son budget connaît une hausse constante, atteignant 375 000 dollars par an à la fin des années 1930, pour plus d’une centaine d’employés. Il intervient dans de nombreux secteurs : hôpitaux psychiatriques pour détenus, écoles de redressement pour enfants, foyers de placement, tribunaux, écoles publiques, crèches, services de protection de l’enfance. En parallèle, l’Institut héberge le Behavior Research Fund, financé par des fonds privés, qui soutient des recherches produites à partir des activités de l’Institut. Dès 1920, le JPI entame une première phase d’expansion en envoyant des psychologues effectuer des évaluations mentales dans plusieurs villes de l’Illinois. À partir de 1922, il engage une politique de déploiement de cliniques communautaires à l’échelle de l’État, avec plus de trente structures implantées avant 1940. Un rapport interne rédigé après 1942 dresse pourtant un bilan sévère de cette politique d’expansion : ces cliniques ne s’autonomisent pas, restent perçues comme des antennes du JPI mal intégrées aux communautés locales, et dépendent parfois pendant plus de quinze ans de son soutien logistique27. Malgré ses ambitions, le JPI reste cantonné à un périmètre d’action centré sur Chicago, concurrencé par des services similaires apparus entre temps et souvent mieux dotés. Par ailleurs, comme le souligne le rapport, ces implantations extérieures procèdent davantage d’une volonté centralisée de diffusion que d’une demande locale : elles sont perçues comme les extensions de l’autorité du JPI, et à travers lui de l’État, plutôt que comme des instruments communautaires de prise en charge.

La dissémination d’une postérité sans école

Malgré les tensions locales et les limites qu’ils identifient eux-mêmes, Healy et Bronner assistent, parfois avec surprise, à la large diffusion du modèle clinique qu’ils avaient initié à Chicago et qu’ils ont opérationnalisé par la suite à Boston. Cela s’incarne principalement par l’essaimage de cliniques qui se réclament de leur modèle, aux États-Unis comme à l’étranger. Dès les années 1920, Healy évoque une phase de propagande scientifique durant laquelle de nombreux articles sont publiés pour promouvoir l’idée de telles institutions. En 1942, selon un rapport cité par Healy, près de 600 cliniques de ce type existent aux États-Unis. Ce modèle trouve également un écho international. Bien que difficile à retracer systématiquement, il mentionne la circulation de ses écrits en Norvège, en Russie ou en Amérique du Sud, souvent relayés par des réformateurs plus que par des universitaires.

C’est également dans la sociologie américaine qu’une circulation discrète mais néanmoins décisive s’est opérée. Bronner mentionne dans ses entretiens que William I. Thomas, protagoniste de la première génération de ladite « École de Chicago », assistait fréquemment aux audiences du tribunal pour enfants, et observait les mineurs expertisés au JPI, notamment dans le cadre de ses travaux sur les populations immigrées polonaises28. De même, Bronner souligne que bien qu’il n’ait pas directement utilisé les matériaux du JPI pour The Unadjusted Girl29, son travail sur les jeunes filles délinquantes, il a longtemps observé leur pratique de l’étude de cas30. Enfin, la trajectoire d’Ernest W. Burgess témoigne de la porosité entre la clinique juvénile et la sociologie urbaine chicagoane31. Il est l’un des premiers sociologues à reconnaître explicitement l’apport du travail de Healy, dont il lit avec attention The Individual Delinquent32. Contre les modèles dominants, qu’ils soient biologisants (Lombroso) ou mimétiques (Gabriel Tarde), Burgess souligne l’intérêt d’une approche attentive aux contextes de vie et aux itinéraires singuliers. Cette lecture n’a rien d’anecdotique : elle est pour lui l’un des fondements scientifiques les plus sérieux pour penser la délinquance juvénile dans une perspective sociologique. Dans une lettre qu’il adresse à Healy, à la suite d’une présentation d’un article qu’il a donné à Chicago en 1925, il écrit ainsi : « Je considère que votre article est une contribution très précieuse au développement de la méthode de l’étude de cas chez les sociologues, et il a joué un grand rôle dans la promotion de cette nouvelle orientation dans notre discipline »33. En ce sens, tout comme les dispositifs d’enquête sociale de la Hull House ont été intégrés à la sociologie urbaine naissante, les méthodes de la sociologie de la déviance doivent également beaucoup à l’épaisseur descriptive des dossiers de cas produits par Healy, Bronner et leurs équipes.

La collaboration entre le JPI et le département de sociologie de l’université de Chicago se structure formellement à partir de 1926, avec la création d’un département de sociologie interne à l’Institut, financé par le Behavior Research Fund. Ernest W. Burgess en est le premier responsable, avant de céder rapidement la place à Clifford R. Shaw, l’un de ses anciens étudiants. Shaw prend alors en charge une équipe chargée de produire des recherches empiriques sur la délinquance juvénile à partir des matériaux accumulés par le JPI. Cette intégration institutionnelle scelle une convergence méthodologique : les sociologues, sans pour autant reprendre tous les outils des cliniciens, s’approprient leur logique d’attention aux cas, qu’ils reformulent dans une grammaire proprement sociologique. Shaw, rejoint par son collègue Henry D. McKay (1899-1980), inscrit cette démarche dans un programme plus vaste d’analyse écologique de la délinquance, fondé sur l’objectivation des contextes urbains ainsi que des dynamiques de quartier et qui aboutira à la publication de Juvenile Delinquency and Urban Areas en 1942.

carte de chicago e, noir et blanc

Carte de Chicago. Taux de jeunes délinquants masculins basé sur 4 060 individus présentés devant le Chicago Boy’s Court et la Court 44A durant l’année 1938.

Les sociologues de Chicago, en quête de légitimité scientifique et professionnelle, ont trouvé dans le modèle du Juvenile Psychopathic Institute un gisement empirique et des méthodes de travail qui leur permettent de se distinguer à la fois de la psychologie des foules, de la normativité juridique et de l’atavisme psychiatrique. C’est pour cela qu’il faut également considérer le JPI en tant que zone d’échange privilégiée entre sciences sociales et sciences du psychisme, où l’histoire de la porosité disciplinaire de la sociologie se joue moins dans le registre des transferts conceptuels que dans celui de la circulation de ficelles de métier empiriques.

Plutôt que de se focaliser sur les enjeux militants ou judiciaires, ce texte met l’accent sur ce que le programme du Juvenile Psychopathic Institute a proposé dans le champ académique et clinique : une tentative de reconfiguration des méthodes de production de savoir scientifique sur la délinquance juvénile. Ce que Healy et Bronner inaugurent, c’est une pratique hybride, fondée sur la cohabitation de registres psychiatriques, psychologiques, sociaux et judiciaires, articulés au sein d’une démarche pragmatique. Imposer le modèle de l’étude de cas déplace la focale : il ne s’agit plus de classer les enfants selon des types pathologiques préétablis, mais de comprendre chaque trajectoire dans sa singularité, en reconstituant les causes bio-psycho-sociales qui rendent raison de leurs conduites. Cette exigence impose la formation d’équipes pluriprofessionnelles, la confrontation régulière des points de vue, ainsi que l’invention de ressources analytiques et descriptives conçues pour faire honneur à la complexité des trajectoires. Loin d’être un simple outil de gestion des populations délinquantes, cette approche les a conduits à porter une critique radicale de l’atavisme dominant. En affirmant que les conduites déviantes ne sont pas le résultat de dispositions héréditaires, Healy et Bronner s’opposent frontalement aux fondements des doctrines eugénistes en pleine apogée, tout en proposant une alternative clinique laborieusement éprouvée, qui inspire chacun des guidance centers pour mineurs qui prolifèrent par la suite dans le pays.

En miroir, ce texte revient sur la mythification des frontières disciplinaires, en l’occurrence l’opposition monolithique souvent reconduite entre médecine mentale naturalisante et sociologie environnementaliste34. D’un côté, le travail clinique du JPI montre que certains psychiatres et psychologues se positionnent contre le réductionnisme étiologique consistant à rabattre la délinquance sur des causes biologiques innéistes ; de l’autre, le programme scientifique des premiers sociologues de la délinquance de Chicago est pour partie l’émule de l’ambition méthodologique de l’Institut. Au sein d’un même espace de travail, des professionnels issus de formations disciplinaires hétérogènes ont pu converger vers une compréhension multifactorielle de la délinquance juvénile. Cette zone d’échange, où coexistent des manières différentes de problématiser et de produire des savoirs, a permis la structuration de canons criminologiques novateurs. En la matière, le premier outil actuariel, de prévision du risque de récidive, développé par Burgess dans les années 1920, est un prolongement particulièrement marquant du travail d’expertise médico-légale du JPI : il transpose dans un autre langage – quantifié, agrégé, prédictif – les logiques d’attention aux parcours et de mise en série des cas forgées au sein de l’Institut35.

    Unfold notes and references
    Retour vers la note de texte 22792

    1

    « Psychopathic » est alors, bien que connoté, un synonyme de « pathologie psychique » et pas du sens contemporain de « psychopathe ».

    Retour vers la note de texte 22793

    2

    Pour la trajectoire de William Healy après 1917, cf. Guillaume Périssol, « La guidance du docteur Healy : modulation de la psychiatrie infantile ? », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 2016, n. 18, p. 213‑230.

    Retour vers la note de texte 22794

    3

    Anthony M. Platt, The Child Savers: The Invention of Delinquency, Chicago, University of Chicago Press, 1972 ; John Chynoweth Burnham, « Psychiatry, Psychology and the Progressive Movement », American Quarterly, 1960, vol. 12, no 4, p. 457‑465 ; David S. Tanenhaus et Bernardine Dohrn, Juvenile Justice in the Making, Oxford, Oxford University Press, 2005. 

    Retour vers la note de texte 22795

    4

    Andrew Abbott, The System of Professions: An Essay on the Division of Expert Labor, Chicago, University of Chicago Press, 1988.

    Retour vers la note de texte 22796

    5

    Consultation permise par l’obtention d’un financement LabEx TEPSIS.

    Retour vers la note de texte 22797

    6

    John C. Burnham, Interviews with William Healy and Augusta Bronner, 1960–1961, Chicago History Museum, Research Center, coll. Archives and Manuscripts, call number MSS Lot John C. Burnham #1/HB.

    Retour vers la note de texte 22798

    7

    Silvano Montaldo, « Lombroso : The Myth, The History », Crime, History & Societies, 31 décembre 2018, vol. 22, n°2, p. 31‑61.

    Retour vers la note de texte 22799

    8

    Garland E. Allen, « The misuse of biological hierarchies: the American eugenics movement, 1900-1940 », History and Philosophy of the Life Sciences, 1983, vol. 5, no 2, p. 105‑128.

    Retour vers la note de texte 22800

    9

    Luc Berlivet, « « Chassez le naturel… »: Les sciences sociales aux prises avec le déterminisme biologique (note critique) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2018, vol. 73, no 2, p. 443‑473.

    Retour vers la note de texte 22801

    10

    Peter Galison, « Trading Zone: Coordinating Action and Belief » dans Mario Biagioli (dir.), The Science Studies Reader, Londres, Routledge, 1999, p. 137‑160 ; Recourir au terme d’« interdisciplinarité » serait ici anachronique, cf. Wolf Feuerhahn et Rafael Mandressi, Histoire de l’interdisciplinarité, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2025, p. 7‑12.

    Retour vers la note de texte 22802

    11

    Andrew Abbott, Department & discipline: Chicago sociology at one hundred, Chicago, University of Chicago Press, 1999, p. 4‑33.

    Retour vers la note de texte 22803

    12

    Mary Jo Deegan, Jane Addams and the Men of the Chicago School, 1892-1918, New Brunswick, Routledge, 1990.

    Retour vers la note de texte 22804

    13

    Jean-Michel Chapoulie, William Kornblum et Caroline Wazer, Chicago Sociology, New York, Columbia University Press, 2020, p. 11‑35.

    Retour vers la note de texte 22805

    14

    Jane Addams, Residents of Hull-House et Rima Lunin Schultz, Hull-House Maps and Papers, Urbana, University of Illinois Press, 2007.

    Retour vers la note de texte 22806

    15

    Anthony M. Platt, The Child Savers: The Invention of Delinquency, Chicago, University of Chicago Press, 1972, p. 134‑135.

    Retour vers la note de texte 22807

    16

    S. D. Lamb, Pathologist of the Mind: Adolf Meyer and the Origins of American Psychiatry, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2015.

    Retour vers la note de texte 22808

    17

    Robert D. Richardson, William James: In the Maelstrom of American Modernism, Boston, Mariner Books, 2007.

    Retour vers la note de texte 22809

    18

    David S. Tanenhaus et Bernardine Dohrn, Juvenile Justice in the Making, Oxford, Oxford University Press, 2005, p. 111.

    Retour vers la note de texte 22810

    19

    Jean-Michel Chapoulie, William Kornblum et Caroline Wazer, Chicago Sociology, New York, Columbia University Press, 2020, p. 58‑60.

    Retour vers la note de texte 22811

    20

    Awais Aftab et Elizabeth Ryznar, « Conceptual and historical evolution of psychiatric nosology », International Review of Psychiatry, 2020, vol. 33, no 5, p. 486‑499.

    Retour vers la note de texte 22812

    21

    Donald S. Napoli, The architects of adjustment: the history of the psychological profession in the United States, Port Washington, Kennikat Press, 1981, p. 17.

    Retour vers la note de texte 22813

    22

    Jean-Christophe Coffin, La Transmission de la folie : 1850-1914, Paris, L’Harmattan, 2003.

    Retour vers la note de texte 22814

    23

    Staffan Müller-Wille et Hans-Jörg Rheinberger, A cultural history of heredity, Chicago, The University of Chicago Press, 2012, p. 95‑126.

    Retour vers la note de texte 22815

    24

    Edith R Spaulding, An experimental study of psychopathic delinquent women, New York, Rand, McNally & Company, 1923.

    Retour vers la note de texte 22816

    25

    David S. Tanenhaus et Bernardine Dohrn, Juvenile Justice in the Making, Oxford, Oxford University Press, 2005, p. 124.

    Retour vers la note de texte 22817

    26

    William Healy, The Individual Delinquent, Boston, Little, Brown, and company, 1915, p. 124‑125, traduction de l’auteur.

    Retour vers la note de texte 22818

    27

    Institute for Juvenile Research records, 1908–1942, Chicago History Museum, Research Center, coll. Archives and Manuscripts, call number MSS Lot Institute for Juvenile, Series 1, Box 1.

    Retour vers la note de texte 22819

    28

    Andrew Abbott et Rainer Egloff, « The Polish Peasant in Oberlin and Chicago: The Intellectual Trajectory of W. I. Thomas », The American Sociologist, 2008, vol. 39, no 4, p. 217‑258.

    Retour vers la note de texte 22820

    29

    William Isaac Thomas, The Unadjusted Girl, Chicago, Little, Brown and Company, 1923.

    Retour vers la note de texte 22821

    30

    Ainsi que le travail d’Adolf Meyer, cf. Fred B. Lindstrom et Ronald A. Hardert, « Kimball Young on Founders of the Chicago School », Sociological Perspectives, 1988, vol. 31, no 3, p. 269‑297.

    Retour vers la note de texte 22822

    31

    Jean-Michel Chapoulie, « Ernest W. Burgess et les débuts d’une approche sociologique de la délinquance aux Etats-Unis », Déviance et Société, 2003, vol. 27, n.° 2, p. 103.

    Retour vers la note de texte 22823

    32

    Ernest W. Burgess, « L’étude du délinquant en tant que personne », Déviance et Société, 2003, vol. 27, no 2, p. 111‑130.

    Retour vers la note de texte 22824

    33

    Ernest W. Burgess Papers, Special Collections Research Center, University of Chicago Library, Box 8, Folder 10.

    Retour vers la note de texte 22825

    34

    Jean-Michel Chapoulie, William Kornblum et Caroline Wazer, Chicago Sociology, New York, Columbia University Press, 2020, p. 204.

    Retour vers la note de texte 22826

    35

    Bernard E. Harcourt, « Surveiller et punir à l’âge actuariel : Généalogie et critique », Déviance et Société, 22 mars 2011, vol. 35, no 1, p. 5‑33.

    Pour citer cette publication

    Tertrais-Flamand, Léo (dir.), « Naître coupable ou devenir délinquant ? L’hérédité en procès à Chicago (1909–1917) », Politika, mis en ligne le 27/04/2026, consulté le 29/04/2026 ;

    URL : https://politika.io/en/node/1662