Le récit de la mort de Dominique Venner (1935-2013) pourrait être celui d’une mort triviale et triste. Il en a fait un récit héroïque et est devenu une figure majeure de l’extrême droite contemporaine. Rappelons les faits. Dominique Venner, intellectuel d’extrême-droite, s’est d’abord fait connaître comme spécialiste des armes et de la chasse dans les années 1970. Combattant dans les Aurès pendant la guerre d’Algérie, il a milité dans plusieurs groupes d’extrême droite des années 1950 et 1960 (Jeune Nation, OAS, puis Europe-Action). À la fin des années 1960, il rompt avec la politique. Mais il y revient avec deux revues qui vont contribuer à l’édification d’une contre-histoire d’extrême droite : la revue Enquête sur l’histoire au début des années 1990, relevée par la Nouvelle Revue d’Histoire à partir des années 2000. Le 21 mai 2013, il se donne la mort d’une balle dans la tête devant l’autel de Notre-Dame.
La mort de Dominique Venner a fait l’objet d’une double transfiguration, visant à l’inscrire dans un récit grandiose, celui de la chute et de la possible renaissance du peuple européen. Cette transformation du prosaïque en lyrique, cette entrée de la vie quotidienne dans l’épopée et dans l’histoire peuvent être regardées comme un « mode d’emploi » : comment l’extrême droite fabrique-t-elle ses héros, et comment ces héros deviennent-ils des modèles de comportement ? Double transfiguration donc : d’abord par Venner lui-même, dans la mise en scène de sa mort – et de sa vie –, ensuite par de jeunes identitaires français et italiens, qui ont fait appel à un large répertoire d’action pour construire, post mortem, une légende. Il avait voulu, jusqu’au geste ultime, donner du style et un sens à ses actes en les inscrivant dans des rôles clairs et bien définis, transcendant le prosaïsme du monde par une construction totale de sa vie. La jeune génération a fini de le transformer en mythe, l’affublant d’un titre digne du panthéon soviétique : « le samouraï d’Occident ». Par un travail artistique assez élaboré mené de front par plusieurs graphistes et grapheurs, relayé par des militants colleurs d’affiches ou sur d’autres supports, par de nombreux articles, des militants romains et parisiens proches de la mouvance identitaire ont contribué à parachever le « style Venner », et à faire de lui une « figure ».
La figure est un concept central dans les écrits de Venner et dans la gestion de sa vie. Dans nos précédents travaux, nous avons étudié la tendance des militants des groupuscules radicaux à s’associer à des modèles de comportements prédéfinis1. L’étude du « cas Venner » est en cela intéressante et ce pour plusieurs raisons.
Premièrement, il a théorisé la fonction sociale de la « figure », allant même jusqu’à proposer des listes de modèles à suivre pour les militants (Jean Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, le maréchal Lyautey, héros des guerres coloniales et auteur d’un traité sur la figure de l’officier). Le concept de figure (Gestalt, qui signifie aussi forme) trouve son origine chez l’écrivain allemand Ernst Jünger, combattant des troupes de choc pendant la Première Guerre mondiale et proche de la « révolution conservatrice ». Jünger semble lui-même s’inspirer du concept baudelairien de poncif2. Cette nécessité de se conformer à des archétypes relève, pour Venner, non seulement de la stratégie politique, mais aussi d’une philosophie existentialiste consistant à donner sens et forme au monde en incarnant des archétypes supposés ancestraux.
Deuxièmement, il a cherché à devenir lui-même une figure, à travers une gestion scrupuleuse de son image et un ethos de la « tenue » constamment réitéré.
Référence intellectuelle déjà incontournable dans certains milieux européistes et identitaires de son vivant, il a commencé à faire l’objet, dans les années qui ont suivi sa mort, d’un culte discret dans certains milieux d’extrême droite en France et dans plusieurs pays européens. Il est alors devenu une « figure » assez différente de celle qu’il avait tenté d’incarner.
Pour essayer de rendre intelligible cet itinéraire singulier, j’ai consulté les écrits de Dominique Venner et rencontré plusieurs de ses proches – son éditeur, sa femme et Alain de Benoist, qui ont fait preuve d’une disponibilité dont je leur suis reconnaissant. Alain de Benoist, co-fondateur du GRECE, est un des principaux animateurs du courant dit « la Nouvelle Droite », courant européiste et païen actif après mai 1968. Il a côtoyé Dominique Venner dès les années 1960, militant avec lui à Europe-Action. Je me suis aussi appuyé sur les nombreux témoignages émanant de sa famille politique parus après son décès. Ceux-ci sont à prendre avec du recul : Dominique Venner était un homme distant qui fréquentait peu son bord politique et ses amis. Ami de François de Grossouvre, président des Chasses présidentielles sous François Mitterrand, il a néanmoins fréquenté certains milieux élitaires, par le biais de la vènerie. Sa veuve, pour sa part, m’a aimablement laissé consulter certains de ses carnets, et lu à haute voix les passages de certains autres. Elle a également accepté de me parler de leur vie quotidienne avec Dominique Venner, de son rapport à sa pensée et de ses passions.
Ressusciter l’esprit européen
Au début des années 1960, en réponse à l’échec de l’activisme pro-Algérie française, Dominique Venner publie un petit traité de stratégie politique, Pour une critique positive. Il y attaque « les nationaux », qui « continuent à emboucher le clairon de Déroulède qui n’ameute plus personne ». À travers Déroulède, fondateur de la Ligue des Patriotes en 1882, il attaque la vieille droite nationaliste héritière des Ligues d’avant-guerre, pétainiste, franco-centrée et catholique, incarnée par les frères Sidos et Jeune Nation. Contre cette génération militante, qu’il qualifie de « notables », d’« arrivistes », de « mythomanes », il prône la mise en place d’une véritable organisation révolutionnaire, composée de militants formés et dotée d’une véritable idéologie. Il admire l’unité idéologique du parti communiste, dont les membres partagent une vision du monde marxiste, et déplore l’absence d’unité de la droite nationale.
Sa rupture avec les nationaux n’est pas stratégique, mais aussi idéologique. D’une part le cadre de référence de Dominique Venner n’est pas la France, mais l’Europe. Il semble en cela inspiré par le nationalisme révolutionnaire, courant néofasciste vivace après-guerre, analysé notamment par Nicolas Lebourg3, historien spécialiste des droites radicales. Une des sous-parties de Pour une critique positive4 s’intitule « Jeune Europe », du nom d’une des revues théoriques de la SS, mais aussi du mouvement du nationaliste révolutionnaire belge et ancien collaborateur Jean Thiriart. D’autre part, Dominique Venner considère que la religion ontologique des Européens n’est pas chrétienne mais païenne. Le christianisme est pour lui une religion timorée. En cela, il est inspiré par les nazis français d’avant-guerre et de la collaboration : Alphonse de Châteaubriant et Marc Augier dit Saint-Loup.
Si plus tard l’homme se désintéresse de l’action politique, pour s’intéresser à l’histoire, la question de l’élaboration d’une vision du monde unitaire ne cesse de le travailler. L’approche de l’histoire de Venner s’articule autour de trois dimensions : civilisationnelle, existentielle, esthétique.
En effet, le Venner historien écrit sur les armes, sur la chasse, sur les vaincus de l’histoire (sudistes, corps francs, russes blancs). Mais il développe surtout un grand récit essentialiste du peuple européen, descendants selon lui des hyperboréens, peuple mythique venu du Grand Nord. Ce peuple européen, vieux de 30 000 ans, s’est structuré autour d’une vision commune de la nature, de la vie, et de grands mythes porteurs d’archétypes sociaux forts. Mais si ce peuple européen a connu un âge d’or avant la conversion au christianisme, il est entré « en dormition » au moment des décolonisations, et ses mythes ont été oubliés. On comprend que l’approche historique de Dominique Venner n’a pas de véritable prétention scientifique. « L’histoire », assume-t-il, « est poésie, mais elle est aussi métaphysique. […] Autrement dit l’histoire est créatrice de sens. À l’éphémère de la condition humaine, elle oppose le sentiment de l’éternité des générations et des traditions5 ».
Le travail de l’historien, pour Venner, consiste à faire perdurer la mémoire des mythes, en vue de rappeler les peuples européens à leur propre conscience et… de ressusciter l’Antiquité6. Le dépositaire de l’esprit européen est pour Venner l’aède Homère, inventeur des archétypes sociaux masculins et féminins. La femme archétypale européenne est un modèle de tendresse, de douceur et de grâce. L’archétype masculin est chevaleresque, et s’incarne dans un certain nombre de figures historiquement situées. Si le terme figure désigne parfois l’archétype, les incarnations historiques de l’archétype sont toujours désignées par le terme figure.
Venner cherche donc à promouvoir certaines grandes figures martiales et blanches, personnages sociaux, « le corps franc », « le confédéré », « le lansquenet », ou personnalités – Ernst Jünger et Ernst von Salomon notamment. Ernst von Salomon, contemporain de Jünger, est un écrivain allemand qui a combattu dans les corps francs de la Baltique après la Première Guerre mondiale, puis participé aux troubles politiques nationalistes des années suivantes. Les « deux Ernst » sont pour Venner des modèles d’accomplissement personnel : écrivains et guerriers, ils couchent sur le papier une mystique vitaliste de la guerre, et incarnent, d’après lui, un idéal de vie chevaleresque ontologiquement européen. En mettant en scène et en récit ces figures, Dominique Venner espère les proposer en modèles de style de vie et de comportements.
En mettant en avant de telles figures, Venner cherche à ressusciter les archétypes qu’elles incarnent. Ces archétypes sociaux étant supposément portés par l’âme ou le génie européen, c’est l’esprit de la civilisation que Venner cherche à faire perdurer par ce biais. Mais la visée de Venner n’est pas seulement civilisationnelle, elle est aussi existentielle. Comme Mircea Eliade, anthropologue d’origine roumaine proche de la Garde de fer et plus tard de la Nouvelle Droite, Dominique Venner pense que les mythes et les cosmologies donnent du sens au monde là où n’existe, initialement, qu’un chaos ou un vide primordial. Dans cette perspective, les mythes civilisationnels donnent du sens au monde, en fabriquant un récit collectif et un système de représentation globale expliquant la vie, la mort, la nature. Mais ils permettent aussi à l’individu de légitimer son existence, de lui donner une forme, en suivant des archétypes esthétiquement et historiquement construits. Grâce aux mythes et aux archétypes, l’individu, d’après Venner, peux transcender l’absurdité du monde et donne sens au monde et à sa vie.
Enfin, la mise en forme et la tenue suivant ces modèles est une affaire, en grande partie, d’esthétique. Dominique Venner l’explique : les Européens, dit-il, « ont faim de beauté7». Et il le justifie, là encore, par Homère, en insistant sur le fait que « les vertus chantées par Homère ne sont pas morales mais esthétiques. […] Les hommes se définissent donc au regard du beau et du laid, du noble et du vil8 ». Aussi d’après Venner, les incarnations de l’archétype chevaleresque sont irrésistibles pour le mâle européen, car elles satisfont un besoin esthétique, existentiel et civilisationnel profond : « la tenue des guerriers », « la plastique et le rugissement des armes » et la « chorégraphie de l’ordre serré » font partie des « joies fortes auxquelles un jeune mâle en bonne santé ne peut résister »9.
Dominique Venner comme figure
« Tout homme qui entreprend de se donner une forme intérieure est un créateur de monde10 », écrit Venner. Pour se donner une forme, il s’est directement inspiré d’un certain nombre de personnages historiques ou figures sociales, qu’il liste dans ses carnets et dans ses livres. Ainsi, dans un de ses carnets, intitulé Notes pour souvenir (1988), il répertorie « quelques exemples ». Suit une liste d’une trentaine de noms, parmi lesquels on peut citer Jean Cau, Roger Nimier et « le “Hussard” », Trotsky « dans une certaine mesure », Thomas Edward Lawrence, Sénèque, Don Quichotte, Jack London « en partie »11.
Mais les deux figures qui ont le plus directement inspiré Venner sont Ernst von Salomon et Ernst Jünger. Von Salomon témoigne de ses aventures dans les corps francs dans Les Réprouvés12, livre culte dans les milieux nationalistes. De son côté, Ernst Jünger raconte son expérience dans les Sturmtruppen, unités d’élite chargées de nettoyer les tranchées alliées, dans Orage d’acier13, et sa vision de la guerre dans Lieutenant Sturm14. Récit de guerre complexe, Orage d’acier vante notamment la beauté et l’énergie de la guerre moderne, de ses explosions et de ses colonnes de feu qui illuminent la nuit. Lieutenant Sturm est une réflexion sur l’héroïsme et le courage, donnant la primauté à la guerre moderne et mécanique sur les épopées des héros antiques.
Écrivains et combattants, ces deux hommes ont mis en forme leur vie à travers leur récit. Dominique Venner en fait des figures. Dans le livre qu’il consacre à Jünger, « figure mythique15 », il écrit : « en ce personnage singulier s’incarne en effet une figure ultime, celle d’un archétype européen provisoirement disparu16 ». Et comme incarner une figure n’est pas qu’une question de style de vie, mais aussi de mise en scène, il ajoute vers la fin du livre : « Ce qui frappe chez Jünger dès l’abord, c’est sa constante “tenue” au moral et au physique17 ».
Venner recommande Jünger et von Salomon comme rôle-modèle pour la jeune génération18. Mais il s’en est inspiré pour mettre en scène sa vie. Ainsi son récit autobiographique, Le Cœur rebelle19 frappe par sa ressemblance avec Les Réprouvés d’Ernst von Salomon, comme l’écrit le théoricien de la Nouvelle Droite et ami de Dominique Venner Jean Mabire dans sa recension parue dans Présent : « Venner dans les Aurès, c’est von Salomon dans le “Baltikum”. Il va en tirer une foi politique aussi décisive que le tranchant d’une lame. D’où cet engagement dans l’action politique la plus dangereuse. On est en plein dans Les Réprouvés. Mêmes épisodes ultérieurs, comme dans les deux parties du livre ; les conjurés, c’est-à-dire le complot et les criminels, c’est-à-dire la prison20. »Le jeune Venner « dévore » effectivement Les Réprouvés en pleine guerre d’Algérie, « au point de voir dans cet écrivain prussien une sorte de frère aîné21». C’est à ce moment qu’il échafaude un plan commando contre l’Élysée, « l’opération Gerfaut », évoquant l’assassinat du ministre Rathenau par « l’Organisation » de von Salomon. Ainsi Venner utilise (peut-être a posteriori) la lecture comme support pour magnifier sa lutte. Sur les motivations de Gerfaut, il écrit : « mes choix profonds n’étaient pas d’ordre intellectuel mais esthétique22 ».Si Venner a vécu ses aventures de jeunesse à travers le prisme de la lecture de von Salomon, sa vieillesse est plus inspirée par Jünger. En effet, dans les premières pages de Ernst Jünger, un autre destin européen, Venner reconnaît la dette que « le jeune homme très engagé dans les aventures de [son] temps » doit à son aîné. « Pour m’arracher aux anciens sortilèges [l’activisme politique], certains écrits de Jünger m’ont été précieux »23, ajoute-t-il. Il pense en particulier à la figure jüngerienne de l’anarque, qui règne, contrairement au monarche « sur lui-même et lui seul24 ». En effet, me parlant de son mari, sa veuve me répète à plusieurs reprises qu’il « était un anarque ». Pour décrire la retraite de Dominique Venner hors de Paris et de la politique, elle emploie une autre formule jüngerienne, « le recours aux forêts25 ».
Être une figure : mise en forme, mise en scène
Le Dominique Venner vieillissant cultive un goût du détail dans le souci aristocratique de soi – la fameuse « tenue » –, qui se traduit par un mode de vie de gentleman farmer ou de junker. Si Venner a tiré « ses modèles de la vie de la lecture », « son univers esthétique », lui, vient du monde de la chasse à courre, me dit Clotilde Venner26. Jusqu’à la fin, il s’entretient, maintenant son rythme de 50 pompes par jour, et s’habille chez Barbour ou Mettez27. Cette esthétique « vieille Europe », le couple Venner l’applique dans les moindres détails : aussi Dominique Venner refusait-il de porter les sacs en plastique du supermarché, ultime corruption du monde moderne, leur préférant un sac Longchamp kaki. Dans leur maison de Normandie, meublée en style anglais et décorée de gravures, d’armes et de trophées de chasse, le plastique est non seulement banni, mais les Venner cachent aussi les objets utilitaires et électroménagers derrière des housses en lin, cousues main par Clotilde Venner. Celle-ci rapporte même que « La laideur lui faisait mal, physiquement mal », « elle le rendait malade », « il ne pouvait pas faire les courses chez Auchan »28.
Elle ajoute que de la conversation de Dominique Venner, le prosaïque et le trivial sont également bannis : les sujets de la vie courante sont rapidement expédiés, on ne s’étend que sur les problèmes graves. Le sujet privilégié reste donc intellectuel : « S’il avait pu, il aurait parlé d’idées 24 heures sur 24. Avec lui, c’était Ernst Nolte au petit déjeuner, Michéa à midi29. » Alain de Benoist précise que l’homme a d’ailleurs beaucoup de mal à tutoyer, même ses amis de très longue date30 : ses relations sont peu chaleureuses, il ne rit pas ou peu aux éclats, mais sourit parfois31. « Ce n’était pas quelqu’un à la nuque souple, vous voyez32 », lâche Alain de Benoist en souriant.
Cette recherche esthétique culmine dans sa fascination pour « la belle mort », entretenue au moins depuis les années 1990. Ainsi tenait-il deux carnets, intitulés Mort I et Mort II, consacrés à des suicides d’artistes, d’écrivains ou de soldats, tous particulièrement réussis à ses yeux. Une note sur la fin de Guy Debord33 fait suite à une autre sur la mise en scène du suicide chez les Romains, et à des réflexions sur les différents types de suicide. On y trouve également des textes préfigurant la lettre rendue publique par Radio Courtoisie34, des réflexions sur les armes à employer. L’érudition de Dominique Venner a donc été mise à contribution dans cet acte médité pendant des années, et préparé depuis au moins 6 mois35. Ainsi l’acte fut « parfait36 » et calculé dans ses moindres détails. Le choix du lieu, d’abord, « la cathédrale Notre-Dame de Paris […] édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales », dont une note de bas de page de Un samouraï d’Occident nous apprend qu’il s’agissait initialement d’un lieu de culte celte37. Le choix de l’arme ensuite, le pistolet étant notamment décrit dans ces carnets comme l’équivalent moderne du poignard romain. On retrouve d’ailleurs sur son corps un deuxième pistolet ayant appartenu à sa grand-mère et qui l’avait accompagné dans sa fugue de jeunesse. Un passage du Cœur rebelle est consacré à la découverte de l’arme dans un placard de la maison familiale. Il décrit alors un objet « d’une perfection esthétique qui me fit chavirer l’âme », « l’instrument fabuleux du rêve aventureux, le mythe incarné de la vie libre38 ». La sortie de son livre, enfin, Un Samouraï d’Occident, qui paraît quelques semaines plus tard. Il est peu probable, nous dit Alain de Benoist, que son livre se serait aussi bien vendu et qu’il serait devenu cette « figure » de l’extrême-droite pour les identitaires français et les militants de la Casapound italienne s’il était mort dans son lit39.
Venner reconnu
Cette façon d’être et cette définition de lui-même, en un mot, son personnage, étaient acceptées et reconnues comme telles dans les milieux qu’il fréquentait. Dans les témoignages que j’ai pu recueillir comme dans les hommages qui lui ont été rendus, Venner est décrit dans des termes convenus : « homme de grande tenue », plein de « retenue », « austère » et « froid » évoquant, jusqu’à la fin, un « officier ». Ainsi dans Le Roi veneur, livre hommage à Dominique Venner mettant en scène les rêveries d’un certain Ulrich, se définissant lui-même comme « chevalier d’Occident », Dominique Venner est décrit ainsi : « L’homme était élégant, veste de tweed et lunettes carrées, dolichocéphale, couronne de cheveux blancs coupés court, grand nez droit, stature longiligne et regard intense. Le type du bon Européen aux traits nordiques dominants, une espèce en voie de disparition. Type d’autant plus rare qu’il se manifestait par un esprit supérieur à contre-courant de l’air du temps de fin de race40. »
Ce genre de description marque plus d’emphase que la plupart de celles que j’ai pu lire, et la référence à la race lui donne un caractère d’exception. Néanmoins, elle souligne bien l’aura que pouvait dégager Dominique Venner dans certains milieux. Son prestige « d’ancien combattant », couplé à son aura de chef de file (à l’époque Europe-Action) font de ce théoricien de l’engagement total quelqu’un dont la légitimité est forte et dont le jugement est craint.
Face à cet ascétisme poussé jusqu’au sacrifice, les militants d’extrême-droite que j’ai pu rencontrer oscillent entre admiration et scepticisme. Christian Bouchet, chef de file de mouvance nationaliste révolutionnaire dans les années 1990, dans ses mémoires, épingle le caractère « très froid, très distant, presque méprisant » du personnage41. Un proche de la mouvance identitaire m’a par exemple rapporté que l’une de ses connaissances trouvait, « dans le fond », Dominique Venner « assez coincé », ce qui ne l’empêchait pas d’accepter la construction de la figure de Dominique Venner, « parce qu’ils ont besoin de croire à ce mythe ». Effectivement, Dominique Venner se voulant l’incarnation parfaite de sa philosophie de vie, sa seule existence contribue – pour ceux qui y croient – à la légitimer. Ainsi le suicide visait à figer l’image de Venner dans une posture héroïque incontestable. Notons que le bruit a couru qu’il était atteint d’un cancer, information démentie par sa dernière lettre et par Clotilde Venner. Cette rumeur, qui donne un autre éclairage sur son suicide, démystifie pour certains le personnage et rend son suicide plus trivial. Il est en effet difficile de mesurer la foi que les gens accordent à ce genre de mythe. Quelques chiffres sont certes parlants : ses livres se vendent (entre 3 000 et 6 000 exemplaires chacun, entre 6 000 et 7 000 pour Un Samouraï d’Occident42), mais ne se revendent pas. Les lecteurs les gardent dans leurs bibliothèques personnelles, les annotent, les relisent43. À noter que sur Amazon, les livres d’Alain de Benoist semblent mieux classés.
Le samouraï d’Occident
Une première cérémonie publique d’hommage, le 31 mai 2013, s’est tenue salle Équinoxe à Paris. Il s’agit d’une initiative de Clotilde Venner, organisée par ses soins à la demande de nombreux proches. Fabrice Lesade44, animateur de la cérémonie, fait néanmoins mention des dernières volontés de Dominique Venner, qui aurait notamment choisi les chants pour la cérémonie. Les directives précises données par Venner pour ses funérailles privées – il avait fait une liste de 200 personnes – ont en fait resservi pour la cérémonie d’hommages publique45. Si l’enterrement de Dominique Venner, tout comme le timing de la sortie de son livre, était préparé, et si une vingtaine de lettres ont été envoyées à différentes personnalités (pas seulement d’extrême-droite), son acte a eu de lui-même l’effet escompté : Venner est devenu « le samouraï d’Occident ». Pour ses fidèles, la trajectoire personnelle de l’homme s’inscrit définitivement dans la grande histoire du peuple européen qu’il avait construite de livre en livre.Robert Steuckers, nationaliste révolutionnaire belge pourtant assez éloigné de Dominique Venner, le replace dans une temporalité mystique – notre époque étant qualifiée de « Kali Yuga des plus sordides46 » – en l’associant au katechon47. Cette transsubstantiation48, Carlomano Adinolfi, militant d’extrême droite italien proche de l’Institut Iliade en France, la commente ainsi lors du colloque autour de la pensée de Dominique Venner, qui s’est tenu le 17 mai 2014 à la Maison de la Chimie : « Le geste de Dominique Venner a été immédiatement reconnu pour ce qu’il est : un sacrifice au sens étymologique du terme, qui est de “rendre sacré”, un rituel visant à rendre visible la présence du divin dans l’humain49. » Ainsi l’historien est entré pour ceux qui y croient – comme les Grecs croyaient à leurs mythes – dans une dimension supérieure. Sa nature a changé, il est devenu un héros, et il est entré dans un mythe. Le geste de Dominique Venner, comme apparition d’un évènement mythique dans le prosaïsme de la quotidienneté, met le militant investi dans une posture étrange. Cette tension est assez bien exprimée par Gianluca Ianonne, leader du mouvement néofasciste italien Casapound, dans son hommage rendu à Dominique Venner le 31 mai 2013 :
« Lorsque j’ai appris le tragique geste par lequel Dominique Venner s’est donné la mort volontaire, j’ai tout de suite pensé que nous étions, d’une certaine manière, des privilégiés. Depuis longtemps, je m’étais laissé convaincre que nous vivions dans une époque manquant cruellement de cette matière si précieuse, les exemples. J’éprouvais, je le confesse, un peu de jalousie pour nos pères, qui ont connu une époque où l’on trouvait encore des exemples de rectitude et de belle mort. […] Dans cette époque, vile, il nous a pourtant rendu privilégiés, en nous donnant la possibilité de contempler, une fois encore, un exemple. Ceci, évidemment, nous met dans une situation difficile. Notre vie quotidienne devra, dorénavant, être à la hauteur de cet exemple.50 »
L’acte de Dominique Venner redonne un sens au combat politique des militants, le réinscrivant dans une histoire. Si dans la décennie suivant sa mort, les principaux ouvrages de Venner sont traduits en anglais, ailleurs qu’en France, c’est surtout en Italie que la mémoire de Dominique Venner a été saluée51. Les militants de Casapound vont lui rendre hommage par des prises de possession de l’espace public : collage d’affiches, fresques murales.
Depuis 2015, L’Institut Iliade « pour la longue mémoire européenne », animé par des proches de Dominique Venner, Jean-Yves Le Gallou, Philippe Conrad et Bernard Lugan, organise une fois l’an un colloque à la mémoire de Dominique Venner. L’Institut organise aussi des formations de cadres nationalistes.
L’adoubement post-mortem de Venner lui a donné des armoiries (le cerf, équivalent, dans la mythologie d’extrême-droite, au lion pour l’Afrique) et une devise, « nature, excellence, beauté ». Comme on peut le voir sur les illustrations, elles évoquent assez des armoiries de famille. Nous retrouvons ici l’idée présente notamment chez l’intellectuel fasciste Julius Evola, et que l’on retrouve dans certains identitaires52 d’une essence chevaleresque de « l’élite spirituelle européenne »53 : cet adoubement a définitivement fait de Dominique Venner un chevalier. Cependant, si Venner affectionnait cet animal qui ornait son site internet, il avait reçu de sa mère des armoiries familiales et une autre devise (« Tiens-toi droit et reste fier ») qui auraient tout aussi bien convenu que celles que l’héraldique54 de propagande lui a accordées. La construction chevaleresque de Dominique Venner s’est donc faite indépendamment du Dominique Venner réel.
Image diffusée par CasaPound pour le premier anniversaire de la mort de Dominique Venner. Le motif principal provient d’un studio de design états-unien et a été utilisé sans son autorisation. Nous publions l’image avec l’accord du studio, en précisant que « the art was used without the permission of a US-based design agency ».
Certaines images à la gloire de Dominique Venner contiennent des symboles runiques et une esthétique pagano-viking. Or Venner voyait dans les cultes rendus aux runes ou dans ce type de rituels une mise en scène qu’il qualifiait de « folkloristes-ploucs55 ».
La droite radicale et « les figures »
Le cas Dominique Venner nous semble intéressant en ce qu’il révèle, de façon poussée à l’extrême et parfaitement assumée, un ethos de la mise en scène de soi appuyée sur des rôles-modèles tirés du passé. Sa démarche, nous semble-t-il, peut être découpée en trois étapes : une théorisation des archétypes sociaux, une promotion stratégique et une incarnation au quotidien de ces archétypes, reconnue ou non. Il n’est pas le seul dans son bord politique à promouvoir de tel modèles.
Dominique Venner pensait que les individus pouvaient se servir de modèles sociaux forts et esthétiques comme guide. Ces modèles sociaux, conçus comme des archétypes métaphysiques, traversaient les siècles et les générations. Venner ne se réfère pas Jung, mais parfois à Julius Evola et à Mircea Eliade. Le premier est un intellectuel fasciste – en marge à l’époque mussolinienne, devenu « culte » par la suite – qui s’est attaché à décrire une métaphysique transcendantale de la guerre et du héros. Le second est un ancien compagnon de route de la Garde de fer, un parti fasciste roumain de l’entre-deux guerres, devenu par la suite anthropologue et historien. Les deux hommes se réfèrent à Jung, mais ils sont surtout très influencés par le pérénnialisme. Le pérénnialisme ou traditionalisme est un courant ésotérique qui soutient l’existence d’une religion primordiale très ancienne, qui se serait transmise de façon voilée dans les enseignements de sociétés secrètes religieuses ou maçonniques. Ce pérénnialisme (Venner emploie le terme dans Un Samouraï d’Occident), dans une variante européiste (Evola et Eliade étaient passionnés par les cultures extrême-orientales) influe encore aujourd’hui sur les doxas militantes radicales. Ainsi les identitaires du Projet Apache liaient la figure de l’apache, ce voyou parisien de la Belle époque, à celle du chevalier.
Dans cette optique, la conquête culturelle de la société, qui se confond avec la renaissance de la civilisation européenne, passent donc par la réinvention de ces archétypes et la promotion de grandes figures. On peut citer deux cas d’influenceurs droitiers utilisant la même stratégie que Venner. Le premier est Xavier Eman, webmaster du blog Zentropa sous le pseudonyme de Pierre Chatov, qui a estimé en entretien que la démarche du blog s’apparentait à celle de Dominique Venner, puisqu’ils cherchent à « mettre en avant une typologie d’hommes », au point, a-t-il ajouté que « Le Cœur rebelle pourrait être notre programme d’intention56 ». Le second est Ugo Gil Jimenez, alias Papacito57, qui met en avant des « figures » de manière très personnelle. Sur son blog de la fin des années 2000, rédigé de manière presque phonétique, et dans une série d’entretiens, il promeut des modèles et des figures idéales. Cette stratégie consistant à proposer aux jeunes des modèles sociaux exaltés, sous la forme de figures historiques héroïques, avait déjà été articulée par Dominique Venner, mais, contrairement à Venner, Gil Jimenez le fait avec humour et provocation. Par exemple, son blog propose « un classement des dictateurs les plus street-crédibles », tandis que, dans ses interviews, il met en avant des athlètes et des figures viriles de la culture pop (catcheurs, joueurs de rugby). Il met aussi en avant des références culturelles décalées, telles que la moustache de Saddam Hussein ou de Slobodan Praljak. Bien que son ton soit humoristique, son discours est ouvertement normatif et prescriptif : l’homme moderne, supposé « dévirilisé », doit retrouver l’énergie virile incarnée par ces figures. Dans le quotidien des groupuscules droitiers, les figures martiales mythifiées peuvent être stratifiées sur trois niveaux. Les premières sont issues d’un âge d’or primordial (les Spartiates pour les identitaires, la chevalerie pour l’Action française, etc.), les deuxièmes d’un passé plus proche (les Apaches, les Camelots du Roi) et enfin la dernière est un activiste idéal-typique contemporain qui sert de modèle aux militants dans leur vie quotidienne. Les figures contemporaines sont censées incarner les « valeurs éternelles » des précédentes, à travers un mode de vie, des biens symboliques, une tenue vestimentaire spécifiques et en se mettant en scène dans des décors adaptés. Par exemple, les militants de l’Action française, en s’inspirant vestimentairement de la série Peaky Blinders, cherchent à adopter un style Camelot, en référence aux Camelots du Roi, l’organisation squadriste de l’Action française jusqu'en 1936. Ce modèle (sa référence passée et le style vestimentaire actuel) s’oppose aux modèles identitaires ou nationalistes-révolutionnaires, qui privilégient un style dit casual (un style vestimentaire issu des stades de football britanniques). Cette opposition se traduit par des moqueries : les prétentions chevaleresques et le style « catho-tradi » des militants de l’Action française sont raillés, car moins street-cred que le style casual adopté par les identitaires. À l’inverse les militants d’Action française jugent le style « casu » brutal et peu distingué. Les rivalités entre les micro-groupes d’extrême droite se cristallisent donc en luttes stylistiques autour de la juste définition d’une virilité militante idéalisée.
Les figures de la droite radicale, de la contre-culture au mainstream ?
Dominique Venner reflète donc, à travers ses écrits et son ethos, les rapports sociaux et l’illusio de son champ social. « La force de l’éthos, c’est que c’est une morale devenue hexis, geste, posture58», nous dit Pierre Bourdieu. Aussi Venner incorpore les principes moraux et idéologique qui sont les siens, par sa « tenue » et son style. Il le fait en s’inspirant de figures sociales et littéraires qui ont suivi, supposément, le même chemin avant lui. Pour désigner les figures convoquées par la droite radicale, Cynthia Idriss-Miller utilise quant à elle le terme de tropes59. Elle relève ainsi les tropes du Viking, du marin, du rulebreaker, chacun se référant à un univers symbolique particulier et signifiant des valeurs telles que la force ou la bravoure.
Cynthia Idriss-Miller se réfère à Connell, autrice d’un article de référence sur les concurrences entre formes de masculinité60. S’il y a différentes formes de masculinité, l’une est plus légitime que les autres dans une société donnée, ou, pour reprendre son terme, hégémonique. Les groupes radicaux sont en lutte sur leur champ social pour faire triompher l’idéal de masculinité spécifique que revendiquent chacun d’entre eux. Mais d’une façon plus globale, ces groupes coopèrent pour imposer le style de masculinité et de féminité qu’ils jugent le plus légitimes à l’ensemble de la société. Cette lutte pour une hégémonie culturelle sur les styles de vie passe par plusieurs canaux.
Premièrement, elle a été théorisée dans les années 1970 sous le nom de bataille culturelle ou de métapolitique par le courant de la Nouvelle Droite, sur lequel Dominique Venner a eu une influence majeure, par le biais de Pour une critique positive et d’Europe-Action. Se réappropriant Antonio Gramsci, la Nouvelle Droite a tenté, sur un registre intellectuel et para-universitaire, de diffuser une culture « européenne » et de la rendre hégémonique au sein de la société, par le biais de publications (Éléments pour la civilisation européenne, Nouvelle École, Krisis) et de colloques.
Deuxièmement, à partir des années 1990, certains militants nationalistes révolutionnaires se sont réappropriés les concepts de la Nouvelle Droite, en tentant de réadapter cette culture, perçu comme trop bourgeoise et intellectuelle, pour un public jeune et populaire. Ils ont atténué la culture skinhead, rebaptisant par exemple sa musique RAC (Rock Against Communism), RIF (Rock identitaire français). Ce travail métapolitique a été poursuivi dans les années 2000 par les identitaires sous le nom de « contre-cultures enracinées ». Rompant avec la stratégie oppositionnelle de la droite radicale, les identitaires récupèrent habilement des objets culturels « pop » (Les films 300 ou Fight Club par exemple) en les interprétant suivant leur vision du monde.
Enfin, à partir des années 2010, la culture de droite radicale a profité de l’éclosion du phénomène « mème » et du succès de certains influenceurs pour faire connaître largement ses références, jusque-là marginales, auprès de la jeunesse. Les mèmes sont des images agrémentées de textes, généralement à vocation humoristique et normative. À l’occasion de la première campagne de Donald Trump, ceux-ci se sont fortement politisés, et certains mèmes se sont mis à faire la promotion des « figures » chères à la droite radicale. Dans le même temps, plusieurs youtubeurs issus de la mouvance droitière ont pu faire la promotion des figures et styles de vie de la droite radicale : notons Papacito, déjà évoqué, Baptiste Marchais, et Thaïs D’Escuffon, promotrice d’une féminité tradwife.
Aujourd’hui un très grand nombre de comptes, sur les réseaux sociaux, reprennent les codes figuratifs de l’extrême droite : photo de profil figurant un templier ou un viking, partage de mèmes reprenant les références occultes et historiques de l’extrême droite. Ainsi Christopher Forth, s’intéressant aux références hyperboréennes dans la culture mèmes anglo-saxonne, constate que c’est bien leur propre masculinité que mettent en scène ces internautes à travers ces images61. Il est néanmoins compliqué d’évaluer le nombre de personne s’associant à de telles figures. On peut néanmoins agréger quelques données : les vidéos de Papacito cumulent des centaines de milliers de vue. La chaîne Youtube de Baptiste Marchais compte 300 000 abonnés. Plusieurs études confirment l’augmentation de préjugés sexistes auprès de la jeune génération. D’une manière générale, le triomphe électoral et idéologique de l’extrême droite laisse penser que le rapport à soi que nous avons décrit est appelé à se généraliser, et peut-être, comme le souhaitait la Nouvelle Droite, à devenir hégémonique.
Les auteurs de mèmes droitiers, les épigones de Papacito ou Baptiste Marchais, les amateurs de photo de profils templier ne connaissent peut-être pas Dominique Venner. Pourtant c’est bien des figures qu’ils mettent en avant, des figures incarnant supposément une lignée chevaleresque et blanche. À cet égard, Dominique Venner semble avoir posé les fondements d’une matrice identitaire appelée à se développer. Ses continuateurs y ont cependant introduit un élément qui lui faisait peut-être défaut pour s’imposer pleinement : l’humour et l’autodérision62.
Notes
1
Emmanuel Casajus, Style et violence dans l’extrême droite radicale, Paris, Éditions du Cerf, 2023.
2
Ernst Jünger, Lieutenant Sturm, Paris, V. Hamy, 1991 ; Charles Baudelaire et al., Le Peintre de la vie moderne, Paris, Éditions Mille et une nuits, 2010. Voir à propos de Ernest Jünger l’entretien avec Déborah Brosteau dans Politika : https://www.politika.io/fr/entretien/quand-guerre-electrise-nos-vies-modernes .
3
Nicolas Lebourg, Le Monde vu de la plus extrême droite : du fascisme au nationalisme-révolutionnaire, Perpignan, Presses universitaire de Perpignan, 2010, p. 8.
4
Dominique Venner, Pour une critique positive : écrit par un militant pour des militants, Nantes, Ars Magna, 1997.
5
Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens. 30 000 ans d’identité, Paris, Éditions du Rocher, 2002, p. 263. Voir aussi Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident, Paris, Seuil, 2014.
6
Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident : le bréviaire des insoumis, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013, p. 298.
7
Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident : le bréviaire des insoumis, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013, p. 293.
8
Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident : le bréviaire des insoumis, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013, p. 231-232.
9
Dominique Venner, « Pas de défense sans esprit militaire », Éléments, 1975, n° 10, p. 27.
10
Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014, p. 183.
11
Publié dans Dominique Venner, Carnets rebelles Vol. I, Paris, la Nouvelle librairie éditions, 2021, p.76-79.
12
Ernst von Salomon et Michel Tournier, Les Réprouvés, trad. par André Vaillant et Jean R. Kuckenburg, Paris, Bartillat, 2016.
13
Ernst Jünger, Orages d’acier : journal de guerre, Paris, Librairie générale française, 1989.
14
Ernst Jünger, Lieutenant Sturm, Paris, V. Hamy, 1991.
15
Dominique Venner, Ernst Jünger : un autre destin européen, Monaco, Éditions du Rocher, 2009, p. 19.
16
Dominique Venner, Ernst Jünger : un autre destin européen, Monaco, Éditions du Rocher, 2009, p. 11.
17
Dominique Venner, Ernst Jünger : un autre destin européen, Monaco, Éditions du Rocher, 2009, p. 221.
18
Dominique Venner, A Handbook for Dissidents, the spiritual testament of A Samurai of the West, AmRen.com, 2021, p. 242.
19
Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014 (1994).
20
Jean Mabire, Présent, 26 novembre 1994, In Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014, p. 228.
21
Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014, p. 107.
22
Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014, p. 97.
23
Dominique Venner, Ernst Jünger : un autre destin européen, Monaco, Éditions du Rocher, 2009, p.19.
24
Dominique Venner, Ernst Jünger : un autre destin européen, Monaco, Éditions du Rocher, 2009, p. 202.
25
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014. L’expression renvoie à Ernst Jünger, Traité du rebelle ou Le Recours aux forêts suivi de Polarisations, Paris, Bourgois, 1981.
26
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
27
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
28
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
29
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
30
Alain de Benoist, entretien. Paris, 2014.
31
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
32
Alain de Benoist, entretien. Paris, 2014.
33
On y apprend notamment que les cendres de Debord ont été dispersées à la pointe du Vert-Galant. Dominique Venner a demandé à ce que les siennes soient dispersées en deux points, la forêt de Lyon où il aimait pratiquer la chasse à courre et la pointe du Vert-Galant, en référence à l’empereur Julien l’Apostat, qui aurait séjourné dans l’Île de la Cité.
34
Dominique Venner, Les raisons d’une mort volontaire, lettre laissée à Radio Courtoisie, 2013. Le texte de la lettre est accessible sur plusieurs sites d’extrême droite. Voir, par exemple : https://institut-iliade.com/une-ethique-guerriere-pour-aujourdhui-lappel-a-la-jeunesse-de-dominique-venner/, consulté le 17 février 2026.
35
L’adoption de la loi autorisant les mariages homosexuels, soulignée comme motivation première par certains médias, n’étant qu’une coïncidence de calendrier.
36
« Le geste était parfait », me dit Clotilde Venner. « Il a calculé l’angle, il s’est agenouillé. Il a tiré une balle dans la bouche selon un certain angle, son crâne était presque intact, ce n’était pas une boucherie ».
37
Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident : le bréviaire des insoumis, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013, p. 68.
38
Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Nouvelle édition revue et augmentée, avec Bruno de Cessole, Paris, Pierre-Guillame de Roux, 2014, p. 101.
39
Alain de Benoist, entretien. Paris, 2014.
40
Olivier Meyer, Le Roi veneur, Paris, Les Éditions du Lore, 2013, p. 16.
41
Christian Bouchet et Georges Feltin-Tracol, Nationaliste et révolutionnaire : un itinéraire rouge-brun, Nantes, Ars magna, 2025, p. 137.
42
Chiffres rapportés par Clotilde Venner et Pierre-Guillaume de Roux.
43
Propos entendus lors d’une observation dans une librairie proche de l’extrême droite, tenus par le libraire à un client.
44
Fabrice Lesade a également été le témoin de la mort de Dominique Venner. Celui-ci l’avait choisi pour ce rôle, après avoir été positivement impressionné par son organisation des obsèques de Jean Mabire.
45
Clotilde Venner, entretien. Rouen, 2014.
46
Robert Steuckers, « En souvenir de Dominique Venner », blog de Robert Steuckers, 6 juin 2013, http://robertsteuckers.blogspot.fr, consulté le 21 octobre 2014.
47
Le katechon (du verbe grec katechô, « retarder », - 2 Thessasoliciens 2, 6) est un concept théologique désignant celui qui retient le chaos jusqu’à l’avènement du salut.
48
La transubstantion désigne la transformation d’une matière en une autre, et notamment, pour une partie des chrétiens, le processus de transformation du pain et du vin en chair et sang du Christ sous l’action du Saint-Esprit et des rites adéquats. En sciences sociales, le terme est employé à la suite de Pierre Bourdieu pour désigner le changement de statut d’un objet profane doté d’une charge symbolique ou sacrale reconnue. Ainsi de l’urinoir de Marcel Duchamp, qui placé dans un musée, perd son statut d’objet utilitaire et devient une œuvre d’art.
49
Carlomanno Adinolfi, « Dominique Venner vu d’Italie », colloque « Dominique Venner, écrivain et historien au cœur rebelle », 17 mai 2014, communication disponible sur http://www.dominiquevenner.fr, consulté le 21 octobre 2014.
50
Gianluca Iannone : allocution de la Cérémonie d’hommage à Dominique Venner, le 31 mai 2013.
51
Sur les liens entre Europe Action et l’extrême droite italienne, se reporter à Pauline Picco, « Penser et dire la race à l’extrême droite (France-Italie, 1960-1967) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 130, n.o 2, 2016, p. 77‑88, DOI :. https://doi.org/10.3917/ving.130.0077
52
Cyriaque, « Continuer à jouer aux chevaliers », http://www.projet-apache.com/, [https://web.archive.org/web/20100515154343/http://www.projet-apache.com/2010/03/continuer-a-jouer-aux-chevaliers/], 9 mars 2010.
53
Terme puisé dans l’oeuvre d’Evola et parfois utilisé par les néofascistes pour s’autodésigner.
54
L’héraldique est la science qui a pour objet l’étude des blasons.
55
Clotilde Venner, entretien, Rouen, 2014.
56
Xavier Eman, entretien, Paris, 2014.
57
Nous aurions aimé en savoir plus sur la possible influence de la Nouvelle Droite sur Ugo Gil Jimenez, mais contacté plusieurs fois, il n’a pas répondu à nos sollicitations.
58
Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Éditions de Minuit, 2002, p. 133.
59
Cynthia Miller-Idriss, The Extreme Gone Mainstream: Commercialization and Far Right Youth Culture in Germany, Princeton, Princeton University Press, « Princeton Studies in Cultural Sociology », 2017.
60
Connell, R., « Arms and the Man: Using the New Research on Masculinity to Understand Violence and Promote Peace in the Contemporary World », dans Ingeborg Breines, R. Connell, Ingrid Eide (dir.), Male Roles, Masculinities and Violence: A Culture of Peace Perspective, Paris, Unesco Publ, « Cultures of peace series », 2000.
61
Christopher E. Forth, « Becoming Hyperborean », Journal for the Study of Radicalism, vol. 19, n.° 1, 2025, p. 1‑36, https://doi.org/10.14321/jstudradi.19.1.0001.
62
Emmanuel Casajus, « The Use of Memes Among Far-Right Activists: Individuation, Heroization, and Self-Derision », Journal of Applied Linguistic and Intercultural Studies, n° 6, 2026, p. 64‑77.
