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Persuader par la carte à l’aube de l’Empire britannique
docteure en études anglophones

(université Paris Cité - ECHELLES)

Les cartes, sources historiques suspectes ?

En tant que représentations graphiques de l’espace a priori structurées de manière objective selon des principes scientifiques, les cartes jouissent d’une crédibilité, voire d’une certaine autorité, dans nos sociétés. Nous nous référons ainsi volontiers à la carte pour obtenir des informations sur un espace ou un lieu donné, et considérons cette image comme un simple miroir du monde1. On la consulte ou la regarde en questionnant rarement le medium lui-même. D’une certaine façon, on voit à travers la carte, en ne prêtant que peu d’attention aux choix structurels, sémiotiques et esthétiques qui la sous-tendent. En effet, en vertu de ses qualités épistémiques (c’est-à-dire, de sa capacité à donner forme ou transmettre un savoir), la carte représente une catégorie de sources visuelles dont les contenus priment généralement sur la forme ou l’expression, au moins au moment de la réception. Souvent séduit·es par son apparence objective et fiable, nous avons tendance à les prendre pour argent comptant.

Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. À l’ère moderne (à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles), les cartes produites, disséminées et consommées en Angleterre n’étaient pas aussi abondantes qu’aujourd’hui. Leur scientificité, notamment, était encore à démontrer et à construire, et leur crédibilité n’était pas aussi établie qu’elle ne l’est dans nos sociétés contemporaines. Ce sont ces efforts de réforme paradigmatique de la cartographie anglaise à cette période, et ses utilisations rhétoriques dans le contexte tout particulier des ambitions proto-impériales de l’Angleterre qui m’intéressent dans mes travaux dont le présent article est un aperçu.

Cet argument selon lequel la cartographie anglaise à cette période revêtait des fonctions rhétoriques, culturelles et politiques au service d’un discours proto-impérial, s’appuie en partie sur le « tournant » critique initié par des historiens de la cartographie comme John Brian Harley2. Depuis les travaux de Harley et autres dans les années 1980, un nouveau regard sur cette classe d’image particulière permet de « lire » les cartes comme des textes construits, et non comme de simples reflets de la réalité. La carte, selon Harley, ne peut véritablement être comprise que si elle est disséquée avec minutie et circonspection, en prêtant attention non seulement à ses contenus en surface (ce qu’elle montre ou représente), mais aussi à ses caractéristiques formelles ou matérielles (comment elle montre ou représente) et son contexte (pourquoi le fait-elle ainsi ?). Harley, en interrogeant le caractère naturel, transparent et objectif de la carte, invite à sa « déconstruction » en tant que produit de contextes sociaux, politiques et culturels spécifiques. Cet article met en lumière quelques applications de cette grille de lecture à des cartes produites et employées dans un contexte de « propagande 3» par deux compagnies commerciales majeures fondées à l’aube du XVIIe siècle en Angleterre.

Cartographie et compagnies aux origines de l’Empire

En succédant à Elisabeth Ière (1558-1603), Jacques VI d’Écosse devient Jacques Ier (1566-1625), roi de Grande-Bretagne, et s’arroge le titre de « rex pacificus », essayant de prendre de la distance avec la politique étrangère plus agressive d’Elisabeth à l’égard des autres puissances européennes. Sous ce « roi pacifique », les ambitions expansionnistes de l’Angleterre prennent la forme d’initiatives commerciales et d’appropriations par la carte.

peinture Portrait de Jacques Ier peinture en couleur

Portrait de Jacques Ier posant sous la devise « Beati Pacifici » (« heureux soient les pacifistes ») par Daniel Mytens. Huile sur toile, 1621.

Afin de faire concurrence aux Espagnols et aux Portugais qui se sont implantés tant en Amérique du nord qu’en Asie du sud tout au long du XVIe siècle, l’Angleterre (et ses rivaux néerlandais) se lance dans la course européenne aux comptoirs asiatiques et aux colonies américaines en créant la Compagnie des Indes Orientales en 1600 (ci-après EIC pour East India Company) et celle de la Virginie en 1606 (ci-après VC pour Virginia Company). Grâce à ce modèle institutionnel – qui s’inspire de l’expérience de compagnies  qui opèrent dans des espaces moins méconnus des Anglais au XVIe siècle, comme la Compagnie de la Moscovie (fondée en 1555) ou celle de la Compagnie du Levant (fondée en 1592) – certaines communautés marchandes et autres personnes, désireuses de voir l’Angleterre étendre son influence et son activité économique à l’internationale, mettent en commun moyens humains et logistiques mais aussi ressources financières dans le but de maximiser leurs chances de voir leur projet couronné de succès. En Amérique, la Compagnie de la Virginie est initialement créée pour générer des profits par le commerce, puis assez rapidement, devient principalement un projet colonial. En Asie, à cette période, la Compagnie des Indes n’a pas pour vocation la création de colonies de peuplement, mais la création de comptoirs (bases d’opérations commerciales) et l’insertion des Anglais dans les réseaux marchands asiatiques.

Afin de mener à bien ces ambitions commerciales et coloniales somme toute hasardeuses et risquées, des groupes d’Anglais sollicitent l’assentiment de leur souverain·e afin de fonder des entreprises gérées par un groupe restreint de directeurs (souvent des marchands) mais financées par l’investissement de divers membres de la société. En Angleterre, donc, l’Empire commence sous la forme expérimentale et périlleuse de petites compagnies orchestrant de manière autonome (c’est-à-dire sans la participation de la couronne qui ne fait que donner son soutien moral) la création de comptoirs et colonies disparates. Les débuts de ce que Philip J. Stern a appelé « Empire, Incorporated » (« l’Empire, S.A. ») prennent donc la forme de petites initiatives qui ne ressemblent en rien au futur Empire britannique dont les possessions recouvrent à son apogée près d’un tiers du monde4.

À cette période, les Anglais ne sont en effet que les modestes ressortissants d’un petit archipel qui ne pèse pas bien lourd à l’échelle du monde. En Amérique, le site colonial de Jamestown en « Virginie », fondé dans le cadre de la VC en 1607, connaît des débuts difficiles et ne semble pas beaucoup plus prometteur que la première tentative de colonisation menée quelques décennies auparavant un peu plus au sud (toute la colonie est décimée dans des circonstances assez mystérieuses)5. Les colons peinent à survivre, meurent de maladies, de faim et de froid, menacés ensuite par l’hostilité d’une population autochtone exaspérée par la présence et les méfaits d’intrus qui semblent ne pas vouloir repartir.

En Asie, les agents de la EIC doivent faire face à l’hostilité de leurs rivaux européens présents dans la région (les Portugais et les Néerlandais) et à l’indifférence des partenaires asiatiques, mais parviennent à créer quelques comptoirs. La compagnie s’implante notamment à Bantam en Indonésie actuelle en 1602, puis à Surat sur la côte ouest de l’Inde moghole en 1612 (voir la carte ci-dessous). De là, les Anglais cherchent surtout à acquérir des épices et de la soie à rapporter en Angleterre.

Carte représentant l’implantation commerciale et coloniale anglaise en Asie et en Amérique durant le premier quart du XVIIe siècle

Carte représentant l’implantation commerciale et coloniale anglaise en Asie et en Amérique durant le premier quart du XVIIe siècle.

La EIC parvient à mettre la main sur un certain nombre de des marchandises convoitées, comme le poivre, mais les espoirs de profits rapides sont globalement déçus, notamment parce que les Anglais ne sont pas pris très au sérieux. Dans un effort désespéré de s’attirer les faveurs des Moghols en Inde – qui font peu de cas de ces étrangers qui ont si peu à offrir en échange des précieuses marchandises asiatiques –, les directeurs de la EIC envoient un émissaire en 1615. Pendant trois ans, Thomas Roe, diplomate anglais, tente ainsi d’intercéder en la faveur de la compagnie en tissant des liens à la cour de l’Empereur Jahangir lui-même6. Sur le plan commercial, ces résultats sont mitigés. Mais de cette expérience naît une carte importante.

Dans ces conditions, la VC et la EIC nécessitent toutes deux de pouvoir disposer d’un capital important afin de permettre des prises de risques susceptibles de payer. Mais comment convaincre le public anglais que ces initiatives peu fructueuses à l’autre bout du monde puissent valoir le coup d’ouvrir l’œil et sa bourse ?

Campagnes de propagande

À la tête des compagnies, l’on cherche à attirer l’attention du public sur l’existence de terres lointaines en Asie du sud et en Amérique du nord (des espaces qui restent abstraits pour une large part de la population à cette époque). Cartes, textes et même performances théâtrales rendent visibles ces territoires auprès du public qui peut ainsi se familiariser avec la Virginie coloniale ou encore les Moluques (archipel en Indonésie). Amérique et Asie, ainsi que leurs populations et leurs ressources, sont présentées sous un jour généralement favorable afin d’inciter le public à (s’)investir dans les initiatives portées par les compagnies. Ces productions prennent diverses formes : ballades, tracts, pamphlets et sermons, qui sont diffusés afin de rallier les Anglais·es aux idées et ambitions des compagnies. À ces textes s’ajoutent des « masques » comme le Memorable Masque (1613-1614) de George Chapman, spectacles de cour typiques de l’Angleterre moderne dont certains mettent en scène des paysages et personnages d’Asie ou de Virginie modelés par un imaginaire impérial naissant7.

Dans l’historiographie, cette littérature au sens large est de nature principalement textuelle, et bat son plein surtout au cours des années 1610 alors que les compagnies peinent à attirer le capital nécessaire pour mener à bien leurs ambitions commerciales et coloniales à l’autre bout du monde. Cette littérature de « propagande » (en anglais, promotional literature) se complète aussi d’un ensemble de cartes qui déploient un imaginaire semblable en prenant appui sur le même cadre idéologique, tout en remplissant des fonctions rhétoriques similaires. En effet, ces cartes reflètent et donnent forme tout à la fois à une vision proto-impériale d’espaces convoités par les Anglais, et sont mobilisées de manière stratégique à des fins de persuasion.

Cartes au trésor ?

Les cartes dont il est ici question recouvrent diverses échelles, bien qu’elles montrent les espaces où opèrent la VC ou la EIC en Amérique du nord ou en Asie au début du XVIIe siècle. Il s’agit ainsi de cartes du monde, de continents ou même, de façon plus focalisée, de régions ou sites coloniaux ciblés par l’une ou l’autre compagnie. Ces cartes sont de facture anglaise ou adaptées de sources étrangères (souvent flamandes ou néerlandaises), manuscrites ou gravées puis publiées, et ensuite disséminées auprès de strates sociales anglaises plus ou moins diverses.

La forme et le contenu de ces cartes sont infléchis par un désir de profits (si possible rapides) ou d’expansion territoriale. Comme dans nombre de récits de voyage consignant l’expérience des Anglais au contact de nouvelles contrées et populations à cette période, les cartes offrent une image de terres lointaines qui se veut exhaustive et foisonnante, contrairement aux cartes visuellement plus sobres auxquelles nous sommes peut-être maintenant habitué·es.

Cartes comme récits célèbrent la richesse et la diversité des ressources naturelles observées dans le « Nouveau Monde », témoignent de coutumes locales souvent perçues au prisme de l’étonnement, de la fascination et de la crainte des observateurs anglais, et rendent compte de caractéristiques géographiques utiles. Les métaux précieux comme l’or et l’argent sont très recherchés, de nombreux colons anglais étant encore animés par un désir d’or, au grand dam d’explorateurs-cartographes plus chevronnés, comme le capitaine John Smith qui affirme que de telles quêtes sont une perte de temps. Quelques cartes mentionnent ainsi la présence de potentiels minéraux exploitables dans les Appalaches, bien que cette ambition se solde alors d’un échec. En Amérique, les membres de la VC ne comptent pas seulement sur l’or, et projettent de faire de la colonie anglaise une « Méditerranée » ou une « seconde Inde » anglaises où seraient notamment cultivés la vigne pour le vin et les mûriers pour les vers à soie. L’objectif était de permettre à l’Angleterre de s’offrir une réserve de marchandise coûteuse habituellement importée de Méditerranée ou obtenue par l’intermédiaire de marchands en Europe continentale.

Afin de faire l’économie de tels intermédiaires dans l’obtention de marchandises comme la soie ou les épices, la EIC cherche pendant ce temps à se frayer un chemin jusqu’aux précieuses épices des Moluques que les Européens baptisèrent les « Iles aux épices » et à établir des comptoirs commerciaux en Asie du sud. La cartographie anglaise de l’Asie est également marquée par les priorités marchandes de la EIC. Certaines cartes localisent ainsi poivre, cannelle, clou de girofle et noix de muscade dans des archipels sud-asiatiques encore peu explorés par les Anglais. Elles avertissent cependant de la présence bien établie des Portugais dans ces régions, et alertent de la menace que représente la VOC néerlandaise rivale au début du XVIIe siècle. Les perles, les pierres précieuses, mais surtout la soie, constituent aussi des marchandises de choix en Inde moghole et en Perse safavide.

La carte du cartographe William Baffin et de Thomas Roe, ambassadeur envoyé à la cour moghole aux noms de la EIC et de la couronne, intitulée « Description de l’Inde Orientale comprenant l’Empire du Grand Mogol » (A Description of East India conteyning th’Empire of the Great Mogoll), publiée en 1619, témoigne des efforts des Anglais pour s’implanter dans un territoire où les marchands anglais sont de peu de poids et se démènent pour se faire une place dans les réseaux commerciaux indiens et au-delà (voir ci-dessous). Elle retrace l’itinéraire de l’agent anglais et offre un aperçu de la géographie physique et politique de l’Inde moghole, faisant notamment l’inventaire de villes côtières stratégiques pour le commerce comme Surat où la EIC s’implante à partir de 1608.

carte de l'est de l'inde gravure

William Baffin and Thomas Roe, A Description of East India conteyning th’Empire of the Great Mogoll, Londres,Thomas Sterne, 1619.

Les auteurs de ces cartes cherchent également à garantir la crédibilité de la carte, crédibilité qu’une surabondance de merveilleux risquerait de mettre à mal. Oscillant entre la tentation du trop, et celle de l’épuration scientifique crédible, les cartes anglaises de terres lointaines réservent une portion généreuse d’espace cartographique à la représentation de ressources, comme dans la carte Virginia (1612) du capitaine John Smith gravée par William Hole, où les arbres y sont nombreux et divers. Contrairement aux symboles plus génériques et épars symbolisant des forêts dans la majorité des cartes européennes produites à l’époque, les arbres reflètent ici les ambitions économiques d’un colon qui propose dans ses écrits de faire de ces arbres du bois d’œuvre pour construire, entre autres choses, de nouveaux bateaux anglais. Voir Image 1, ci-dessous. On réédite aussi de vieilles cartes qui promettent des quantités d’épices faramineuses en Asie du sud-est, comme le fait une rudimentaire carte du monde de 1527 attribuée au marchand Robert Thorne. Cette carte, qui est republiée plus d’un demi-siècle plus tard dans le tract pro-expansion anglaise Divers Voyages (1582) de Richard Hakluyt, affirme qu’« il y a ici [en Inde] une extrême abondance de toutes sortes d’épices » (en Latin, Hic est maxi copia omnium generum aromatum)8(voir ci-dessous, carte du milieu). Malgré cette abondance visuelle, une part belle est aussi faite aux blancs, ces « trous » dans la carte remplissant la double fonction de gages d’honnêteté intellectuelle, et d’espaces de tous les possibles, comme dans la carte de l’Amérique publiée dans l’atlas de John Speed en 16279.

carte gravée de Virginie

Image 1 John Smith et William Hole (graveur), Virginia, Oxford, 1612.

carte du monde gravure

Image milieu :  Robert Thorne, Orbis vniversalis description,1527, publiée dans Richard Hakluyt, Divers voyages, 1582.

carte de l'Amérique en gravure

Carte de l’Amérique dans l’atlas de John Speed, Prospect of the Most Famous Parts of the World, Londres,1627.

Mettre l’Angleterre sur la carte

L’inscription de présences, trajectoires et sites anglais, en Asie et en Amérique, dans des images cartographiques diffusées non seulement en Angleterre mais par-delà ses frontières en Europe continentale, est un geste performatif en soi. En effet, en représentant « Jamestown », la « Virginie » ou la « Nouvelle Angleterre » (parfois exagérément) sur les cartes, les Anglais enracinent leur présence outre-Atlantique et communiquent ces ambitions à leurs rivaux européens qui finissent par adopter la nouvelle nomenclature anglaise dans leurs propres atlas. Le célèbre et prolifique cartographe flamand-néerlandais Jodocus Hondius intègre ainsi la « Virginie » à sa carte de l’Amérique dès 1606. L’Asie n’échappe pas au phénomène, bien que la présence anglaise y soit beaucoup plus discrète, étant donné que les Anglais n’ambitionnent initialement pas de coloniser l’Inde ou les Iles aux épices. La carte de Baffin et Roe (1619) n’est en effet pas un simple catalogue de villes et divisions administratives de l’empire moghole, mais aussi un témoin de la présence anglaise dans ces contrées et son accès à des archives locales10. Elle assoie l’autorité des Anglais en tant qu’acteurs ayant accès au pouvoir moghol et une bonne connaissance de la géographie indienne, ce qui confère un avantage symbolique, sinon stratégique, sur les Portugais et Néerlandais avec qui la EIC est en compétition.

De cet « empire de papier » (empire of paper) en gestation, comme le formule Miles Ogborn, émane plus tard un véritable empire colonial tant en Amérique du nord qu’en Inde11.

Science et cartographie au service des compagnies

Désireuses de constituer une archive cartographique digne de ce nom, notamment pour pouvoir rivaliser avec les Néerlandais qui connaissent alors un âge d’or cartographique et sont les principaux rivaux des Anglais sur la scène internationale au début du XVIIe siècle, quelques figures de cercles intellectuels et marchands de la période s’intéressent aux modalités de réforme de la cartographie et cherchent à impulser un renouveau de la pratique chez les Anglais.

Edward Wright, cartographe et mathématicien formé à Cambridge est ainsi mandaté par la East India Company pour doter la compagnie de cartes corrigées et mises à jour. Wright est l’auteur de Certaine Errors in Navigation (publié en 1599 puis réédité en 1610) dans lequel il propose d’appliquer les mathématiques à la cartographie, et plus spécifiquement d’avoir recours à la projection de Mercator qui permet de représenter le monde en deux dimensions, notamment grâce à un quadrillage de lignes longitudinales et latitudinales12. Selon lui, cette nouvelle projection inventée par le cartographe flamand Gerard Mercator en 1569, permettrait de donner forme à des cartes de meilleure facture, et pourrait même gagner à être retravaillée par les Anglais. Wright met lui-même ce modèle à l’épreuve en produisant une carte du monde qui apparaît dans certains exemplaires de l’édition de 1599 des Principall Navigations de Richard Hakluyt, une compilation de récits de voyages célébrant les exploits des Anglais sur un temps long13 (voir ci-dessous). De plus, la carte dite de « Wright-Molyneux », qui est attribuée à Edward Wright et à Emery Molyneux (qui confectionne en 1592 le globe qui inspire la carte de Wright), est l’une des premières cartes du monde à localiser la « Virginie ».

carte du monde gravure

Carte dite de « Wright-Molyneux » figurant dans les Principall Navigations de Richard Hakluyt (1599).

Wright est aussi invité à former les employés de la EIC à des pratiques scientifiques sous la forme de cours (lectures) de mathématiques et de navigation dispensés auprès de marchands, et pour lesquels Wright doit toucher la belle somme de 50 livres annuelles selon un rapport de la EIC en 1614. La EIC sollicite aussi dès le départ l’expertise de Richard Hakluyt, écrivain, compilateur et homme d’église très impliqué dans divers projets anglais à l’internationale au tournant du siècle. En 1601, un compte-rendu des discussions menées par les directeurs de la EIC fait état d’une participation de Hakluyt sous forme de présentation payée à hauteur d’environ 10 livres pour avoir fourni des informations précieuses sur la géographie, les ressources et le commerce des « Indes Orientales », ainsi que 30 shillings supplémentaires en récompense des « trois cartes fournies et apportées par ses soins à la Compagnie » (for three maps by him provided and delivered to the Company)14. La somme est considérable puisqu’elle représente un tiers du montant annuel que Hakluyt perçoit en tant que prébendier (clerc anglican) à la cathédrale de Bristol. La EIC est ainsi prête à payer le prix fort pour des cartes jugées utiles à l’élaboration de ses stratégies géo-commerciales en terres méconnues.

Restructurées à l’aune de principes scientifiques et de règles mathématiques, les nouvelles cartes anglaises se veulent fiables et convaincantes. Les cartographes n’hésitent d’ailleurs pas à rendre cette démarche visible directement sur les cartes en les illustrant avec des instruments employés en navigation ou dans la confection des cartes. Des graticules, indications d’échelle, roses des vents, ou encore des compas émaillent l’espace cartographique de détails visuels qui renvoient au processus de fabrication de la carte dans un geste résolument méta-cartographique (voir ci-dessous). Ces éléments structurellement superflus ne constituent pas le sujet de la carte, mais permettent d’établir son objectivité et sa scientificité, et par là-même sa fiabilité et sa pertinence.

détail de gravure de carte

Détail de la carte de John Smith et William Hole, Virginia, Oxford, 1612 : « échelle en lieues et demi-lieues » (Scale of Leagues and halfe Leagues).

compas sur carte gravure

Détail de la carte de l’empire moghole par Thomas Roe et William Baffin (1619) : « échelle en lieues anglaises » (A Scale of Inglish Leages).

En complément de ce modèle structurel, la cartographie anglaise peut s’appuyer sur l’expérience de témoins directs en Asie et en Amérique. Côté américain, par exemple, le capitaine John Smith transforme ses observations directes en récits détaillés et cartes où le Tsenacomacah, région habitée et gouvernée par les Powhatans, est transformé en « Virginie » anglaise (voir ci-dessous). Sa carte de la Baie du Chesapeake réalisée sur place et publiée en 1612, montre des sites autochtones, mais implante surtout fermement les Anglais dans un paysage rebaptisé en l’honneur d’Elisabeth Iere, la « Reine Vierge », et situant notamment « Jamestown », colonie dont le nom est inspiré du roi Jacques Ier (James I en anglais). La carte, parsemée de lieux aux consonances anglaises (Cape Henry, Cape Charles, Poynt Comfort, Brookes Forest, etc.) et ornée tant des armoiries royales (sous la bannière « Virginia ») que de celles du capitaine Smith (à droite de l’échelle et du compas), est une démonstration de maîtrise scientifique mais aussi politique et symbolique de l’espace.

De tels efforts d’amélioration de la carte par la rigueur scientifique et la pratique empirique semblent d’autant plus nécessaires dans l’élaboration d’une cartographie d’un monde dont une portion importante demeure méconnue, comme à l’intérieur des terres ou aux extrémités septentrionales du continent américain. Les compagnies dédiées au commerce ou à la colonisation dans ces espaces lointains se constituent ainsi une réserve de cartes de meilleure qualité à des fins pratiques : arriver à bon port en Asie du sud-est et en Amérique du nord. Cependant, quelques voix au sein de ces compagnies ou dans les cercles gravitant autour d’elles émettent l’hypothèse d’une mobilisation plus rhétorique et symbolique d’une forme susceptible d’instruire, de plaire et de convaincre tout à la fois.

Des cartes pour qui ?

Ce qui fait de la période allant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle un moment charnière du point de vue de la construction impériale anglaise, c’est l’élargissement des publics ciblés par les campagnes de propagande émanant de ses moteurs (les compagnies). Comme évoqué plus haut, le modèle adopté étant celui de la société par actions, les initiatives menées par la Virginia Company en Amérique et la East India Company en Asie du sud-est, nécessitent d’attirer des investissements. Ces projets de commerce et de colonisation longue-distance dans des contrées peu, voire pas, connues des Anglais requièrent des efforts rhétoriques considérables pour convaincre de leur viabilité. Ainsi, les campagnes de propagande (promotional campaigns) menées aux noms de la Virginia Company et de la East India Company ratissent large. Elles ne s’adressent pas seulement à une élite politique fortunée (souverains, hommes de cour, membres du parlement) mais aussi à une frange de la population plus étendue, comprenant marchands, guildes et citoyens disposant de suffisamment de ressources pour acheter individuellement ou collectivement des parts dans la société. Dans le cas de la Compagnie de la Virginie, il est même possible d’acheter une part à plusieurs. En outre, quelques femmes, titrées ou non, directement impliquées ou non, apparaissent aussi dans les listes de personnes ayant personnellement investi. D’après les comptes de la Compagnie en 1620, Mary Cavendish (1556-1632), comtesse de Shrewsbury, fille de la riche femme d’affaires Bess de Hardwick, aurait personnellement investi la somme considérable de 50 livres15. Une certaine « Lady Cary » — probablement Anne Carey, fille d’un des directeurs de la compagnie nommé Nicholas Carey — aurait quant à elle acheté une part de la valeur de 12 livres et 10 shillings.

En parallèle, la carte devient un objet et une forme de plus en plus populaire. Les cartes mentionnées dans cet article ne sont pas produites à la demande d’un commanditaire royal, bien qu’elles soient dédiées d’une manière ou d’une autre à une figure d’autorité comme le prince Henri, fils du roi Jacques Ier et soutien actif des ambitions coloniales anglaises en Amérique, et en hommage de qui l’un des caps de la Baie du Chesapeake est appelé « Cap Henri » (Cape Henry). À quelques exceptions près, ces cartes ne sont pas destinées à être présentées aux yeux seuls du monarque ou même qu’à un petit cercle privilégié, comme cela pouvait être le cas au cours des siècles précédents en Angleterre. Les cartes qui montrent l’Asie et l’Amérique sont intégrées à des récits vantant les exploits de la nation anglaise, ou stratégiquement diffusées auprès de cercles susceptibles d’être réceptifs à ces initiatives et ainsi, disposés à en être les soutiens financiers en tant qu’investisseurs.

Outre les cartes manuscrites qui continuent à circuler dans des sphères plus restreintes au sommet du pouvoir (comme dans les bureaux des membres de l’influent Privy Council), des cartes imprimées du monde, de l’Amérique ou de l’Asie connaissent en effet une diffusion plus large, et sont consommées par un public étendu, mais aussi réceptif. Emerge alors ce qu’on nomme une « conscience cartographique » (map-mindedness) naissante en Angleterre à l’ère moderne. Au-delà des cercles plus lettrés et privilégiés d’une élite politique qui manifeste au moins depuis l’ère Tudor (XVIe) un intérêt pour le pouvoir symbolique de la carte, une part plus large de la population développe une sensibilité intellectuelle et affective pour la cartographie. Selon l’historien de la cartographie Peter Barber, l’Angleterre à l’ère moderne voit l’émergence d’une « nouvelle conscience de l’utilité des cartes et une familiarité avec ces objets qui s’étend à diverses classes sociales cultivées » (a new consciousness of the utility of maps and familiarity with them [which] was spreading across the educated classes16). Dans ces conditions, les cartes étaient susceptibles d’être non seulement vues et connues d’un assez grand nombre, mais aussi lues et comprises par un lectorat plus alerte et « carto-lettré » (carto-literacy), pour emprunter une formule de l’historien et géographe John Brian Harley17.

L’un des signes de ce phénomène est sa prévalence ou sa visibilité dans d’autres media. Des cartes sont visibles dans la peinture dès l’ère élisabéthaine (dans certains portraits officiels de la reine elle-même, de membres de la cour ou d’explorateurs) où sa portée symbolique permet d’exprimer des messages politiques, notamment de domination territoriale.

portrait d'élisabeth 1er, peiture, avec des carte en fond

Portrait dit « de Ditchley » représentant Elisabeth Ière sur une carte de son royaume. Peinture de Marcus Gheeraerts le Jeune, huile sur toile, c. 1592. 

Fin XVIe et début XVIIe siècles, la cartographie inspire également des procédés stylistiques chez des poètes comme John Donne (également homme d’église et investisseur de la Compagnie de la Virginie), ou encore sert de ressort dramatique chez Shakespeare et ses contemporains. Dans La Nuit des Rois (c. 1601-1602) de Shakespeare, par exemple, « la carte récente comportant les indes augmentées » (the new map with the augmentation of the Indies) – qui renvoie très probablement à la carte d’Edward Wright – sert d’analogie comique pour décrire le visage ridé d’un personnage qui se ridiculise en affichant un sourire forcé. Le réseau de lignes qui creuse son visage crispé est ainsi comparé aux lignes marquant la latitude et la longitude sur les cartes dernièrement publiées en Angleterre.

La carte : outil de persuasion

Dans ce contexte d’élargissement du public des cartes et de celui des campagnes de propagande des compagnies, l’on remarque une mobilisation rhétorique des cartes accrue. Les principaux acteurs de la diffusion d’idées autour du commerce et de la colonisation dans des terres lointaines pressentent en effet à cette période que la cartographie pourrait servir non seulement de source de savoir mais aussi d’instrument de persuasion. Jouant du rapport à la fois intellectuel et affectif qu’on peut entretenir avec ce type d’image, les instigateurs de la colonisation et du commerce longue-distance n’hésitent pas à s’exprimer carte à l’appui.

Richard Hakluyt lui-même relate dans une préface de ses Principall Navigations l’expérience d’une épiphanie intellectuelle lorsque plus jeune, posant les yeux sur une mappemonde présentée par son cousin Richard Hakluyt l’Ancien, il s’émerveille de la carte qui fait en lui « une si profonde impression » (so deepe an impression) qu’il décide de se consacrer à la géographie18.

Percevant aussi le pouvoir que peut avoir une carte sur l’imagination, le capitaine John Smith impute aussi à l’image cartographique un potentiel didactique. L’on peut, d’un coup d’œil ou presque, se faire une idée d’un lieu inconnu et lointain, se familiariser avec ce lieu, et, comme l’espère la Compagnie de la Virginie, être pris du désir d’être de l’aventure. Dans son récit intitulé A Map of Virginia (1612) où apparaît la carte commentée plus haut, Smith argue ainsi que ce qu’il évoque dans son texte est « plus clairement décrit par la carte ci-jointe » (more plainly described by this annexed Mappe) 19.

De ce fait, le travail interprétatif sur le « texte », « sous-texte » et contexte (notamment culturels) de la carte qu’encourage le tournant « critique » en histoire de la cartographie, s’appuie aussi sur les témoignages écrits de ceux qui produisent, disséminent et consomment les cartes en Angleterre à cette période. Archives coloniales, correspondance et autres écrits témoignent d’une véritable volonté d’enrichir et d’exploiter une cartographie anglaise encore peu compétitive dans le paysage européen, avec l’espoir que ces cartes puissent participer de l’élaboration d’un empire en germe, tout en laissant sur le public une « profonde impression ».

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    1

    Sur la « transparence » de la cartographie qui génère l’illusion de donner le monde à voir directement, voir Christian Jacob, « Selected papers from the 16th international conference on the history of cartography: Theoretical aspects of the history of cartography: Toward a cultural history of cartography », Imago Mundi, The International Journal for the History of Cartography ; vol. 48, n.° 1996, p. 191-198.

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    2

    John Brian Harley, « Deconstructing the Map », Cartographica, vol. 26, n.°2, 1989, p.1-20, en ligne. En France, cette grille de lecture culturelle de cartes historiques est reprise et approfondie par des historiens comme Christian Jacob dans L'Empire des cartes. Approche théorique de la cartographie à travers l'histoire, Paris, Albin Michel, 1992.

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    3

    « Propagande » traduit le terme anglais promotional qui désigne le caractère rhétorique de productions discursives visant à disséminer certaines idées et à gagner l'adhésion du public à une certaine vision des choses (ici, des ambitions proto-impériales). 

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    4

    Philip J. Stern, Empire, Incorporated: the Corporations that Built British Colonialism, Cambridge, Harvard University Press, 2023.

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    5

    Bertrand Van Ruymbeke synthétise l’histoire de cet échec dans un billet intitulé « Le mystère de la disparition de la première colonie anglaise en Amérique à Roanoke », Historia, 2024.

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    6

    Les péripéties de Thomas Roe en Inde sont relatées par Nandini Das dans Courting India, Londres, Bloomsbury, 2023.

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    7

    Sur les logiques, idéologies et imaginaires communs aux masques et cartes anglais portant sur la « Virginie », voir Louise McCarthy et Ladan Niayesh, « Cartography as Propagandist Design : From Company Maps to Virginian Masques (1613-14) », XVII-XVIII, revue de la société d’études anglo-américaines du XVIIe-XVIIIe [en ligne], n.° 78, 2021, https://doi.org/10.4000/1718.7929

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    8

    Richard Hakluyt, Divers voyages touching the discoverie of America and the Ilands adjacent unto the same: made first of all by our Englishmen and afterward by the Frenchmen and Britons: and certaine notes of advertisements for observations, Londres, Thomas Dawson pour Thomas Woodcocke, 1582.

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    9

    Sur la portée symbolique et politique de ces blancs dans les cartes de John Speed, voir Louise McCarthy, « John Speed’s cartographic invention of early imperial Britain (1610s-1620s) », Interfaces, images-texte-langage [en ligne], n.° 53, 2025, https://doi.org/10.4000/14tnz

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    10

    Sur l’élaboration de la carte de Roe et ses sources mogholes, voir Louise McCarthy, « John Speed’s cartographic invention of early imperial Britain (1610s-1620s) », Interfaces, images-texte-langage [en ligne], n.° 53, 2025, https://doi.org/10.4000/14tnz

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    11

    Miles Ogborn, Indian Ink: Script and Print in the Making of the English East India Company, Chicago, University of Chicago Press, 2007.

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    12

    Edward Wright, Certaine Errors in Nauigation, detected and corrected, Londres, Felix Kingston, 1599; 1610.

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    13

    Richard Hakluyt, The principall nauigations, voiages and discoueries of the English nation made by sea or ouer land, to the most remote and farthest distant quarters of the earth at any time within the compasse of these 1500. Yeeres, Londres, George Bishop, Ralph Newberie et Robert Barker, 1599-1600.

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    14

    Compte-rendu de janvier 1601 dans W. Noel Sainsbury (dir.), Calendar of State Papers Colonial, East Indies, China and Japan, Volume 2, 1513-1616, Londres, Longman, Green, Longman & Roberts, 1862, p. 121-122.

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    15

    A Declaration of the State of the Colony and Affaires in Virginia. With the Names of the Adventurors, and Summes aduentured in that Action. By his Maiesties Counseil for Virginia. 22. Iunij 1620, Londres, imprimé par Thomas Suodham, 1620, C1r.

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    16

    Peter Barber dans « Mapmaking in England, ca. 1470-1650 », John Brian Harley et David Woodward (dir.), The History of Cartography. Volume 3. Cartography in the European Renaissance, Chicago, University of Chicago Press, 1987, p. 1608.

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    17

    John Brian Harley, « Maps, Knowledge and Power », Denis Cosgrove et Stephen Daniels (dir.), The Iconography of Landscape: Essays on the symbolic representation, design and use of past environments, Cambridge, Cambridge University Press, 1988, p. 278.

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    18

    Richard Hakluyt, The Principall Navigations, Londres, 1589, sig. *2r.

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    19

    John Smith, A Map of Virginia, Oxford, 1612 p. 10.

    Pour citer cette publication

    McCarthy, Louise (dir.), « Persuader par la carte à l’aube de l’Empire britannique », Politika, mis en ligne le 31/05/2026, consulté le 05/06/2026 ;

    URL : https://politika.io/fr/article/persuader-carte-a-laube-lempire-britannique