« Des victimes de seconde zone ? » Nice 2016 - Paris 2022
Doctorante en sociologie

(Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - CESSP)

 

« Il y a 7 ans le 14 juillet 2016, 86 anges perdait la vie et des milliers d’autres choquer à vie. Tout comme pour le procès les journalistes on oublier l’hommage que nous allons rendre aujourd’hui. Beaucoup de victimes on l’impression d’êtres des victimes de seconde zone »1.

 

« Ce procès (…) j’avais une peur, c’est qu’il ne soit pas filmé. Je me suis dit : “À tous les coups, ils vont filmer celui du 13 novembre et ils ne vont pas filmer celui du 14 juillet”. J’avais cette peur-là parce que je me dis à chaque fois : “Nous, on est les victimes de seconde zone”. Oui, victimes de seconde zone, hein. On a beau crier au secours... »2.

 

« C’est vraiment pas agréable, franchement, ça me met les larmes aux yeux en fait. Le traitement médiatique, là je, j’ai du mal. Quand on voit la différence avec V13 … (silence) C’est juste, voilà, c’est à l’image de la considération pour nous »3.

Le soir du 14 juillet 2016, un homme fonçait au volant d’un camion sur la Promenade des Anglais à Nice. Il tuait 86 personnes et en blessait plusieurs milliers, physiquement ou psychiquement. Six ans plus tard, le 5 septembre 2022, le procès de cet attentat s’ouvrait à Paris. L’auteur ayant été tué le soir des faits, huit accusés comparaissaient pour cette audience dont trois pour « association de malfaiteurs terroriste » (les cinq autres étaient jugés pour trafic d’armes mais n'étaient pas soupçonnés d’avoir pris part au projet terroriste). Avant l’ouverture, 865 victimes s’étaient constituées parties civiles, elles étaient 2600 à la clôture du procès et 2542 étaient finalement déclarées recevables4. Deuxième attentat le plus meurtrier de France, le procès « Prom’145 » était filmé « pour l’histoire », à la suite des procès de janvier et de novembre 2015. Toutefois, si le procès des attentats du 13 novembre, dit V13, avait suscité un engouement particulier auprès des journalistes et de certains citoyens venus assister aux audiences, les salles du Palais de Justice de Paris semblaient bien vides en ce mois de septembre 2022. C’est d’ailleurs ce dont se plaignait Célia, partie civile du procès. Le 6 septembre, devant l’absence des médias, elle confiait à la seule chaîne de télévision présente sa tristesse et sa colère (cf. citation ci-dessus).

Du côté de l’observation, le constat était partagé. Journalistes et chercheurs relevaient la présence moindre des parties civiles, des médias ou des publics. Les premiers articles de presse ont témoigné de ce vide, relativement à « l’effervescence6 » du procès V13. Lieux, personnels, dispositifs de sécurité rappelaient le procès-fleuve qui venait de se terminer, mais le silence des galeries contrastait durement avec le souvenir du jour du verdict. Les jours passant, les bancs se vidèrent davantage. Petit à petit, la question devenait presque obsédante. Pourquoi les salles du procès Prom’14 étaient-elles si vides ? Une autre question se devait d’être posée : pourquoi les bancs auraient-ils été remplis ? Un habitué des palais de justice aurait remarqué qu’ils sont presque toujours vides. C’est en référence au procès des attentats du 13 novembre qu’une certaine désaffection était identifiée. On peut ainsi à la fois se demander pourquoi V13 a été particulièrement suivi (l’a-t-il été ?) et en quoi Nice aurait pu ou dû recevoir la même attention.

Qu’il s’agisse d’acteurs présents au procès, ou d’interlocuteurs « profanes » à qui je parlais de mon sujet de recherche, les hypothèses pour expliquer la faiblesse du suivi de Prom’14 ont foisonné, chacun ayant son explication favorite ou trouvant une part de vérité dans chaque proposition. Auteur décédé et seconds couteaux comme seuls accusés – Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a été tué le soir des faits, il aurait préparé son acte seul, aucun accusé ne comparaissait pour complicité – ; action d’un fou et absence de revendication politique – tous les témoins ont décrit l’auteur comme un pervers, obsédé par le sexe et la violence et n’ayant jamais pratiqué la religion – ; éloignement géographique et parisianisme – les victimes « niçoises » seraient distantes socialement et spatialement des « Parisiens », la fracture Paris-province serait trop profonde – ; attentat trop horrible – des enfants écrasés – ; fatigue ou accoutumance – le 14 juillet 2016 survenait huit mois après les attentats de novembre 2015, le procès Prom’14 s’ouvrait deux mois après le verdict de V13. Plutôt que de trancher en faveur de l’hypothèse la plus juste, il semble intéressant de déplacer le regard pour interroger la prévalence de certaines explications et en comprendre les logiques sociales sous-jacentes.

Si cette question des bancs vides peut paraître anodine de premier abord, elle soulève en réalité des questionnements assez classiques en sociologie. D’abord, sur la forme et sur la force des liens sociaux : l’attentat vient mettre en jeu les solidarités d’un groupe en visant, à travers des individus attaqués aléatoirement, une communauté plus large (souvent l’État). Ensuite, sur le rapport entre médias et opinion publique. Qui fait l’actualité et l’intérêt pour un sujet ? Les cadres d’expression et de réception des discours sont à décrire. Comment sont accueillis les récits des victimes ? Que sont-elles autorisées à dire ? La formation et la mobilisation d’individus en collectif est à détailler : les « victimes » ne se connaissent pas avant le drame mais elles peuvent être amenées à s’organiser notamment pour construire un problème public et solliciter des réponses politiques et institutionnelles (depuis la revendication d’une considération jusqu’à la dénonciation d’un dispositif de sécurité défaillant ou encore de prélèvements d’organes abusifs, comme nous le verrons ci-après). Les « victimes » sont souvent désignées comme un ensemble homogène, ce qui est à déconstruire. La production et la conservation d’une mémoire touchent aussi au sujet. Enfin, la gestion des conséquences d’un événement violent, tant sur ses victimes que sur la société, et en particulier le processus judiciaire (ses fonctions, les attentes qu’il cristallise, etc.), sont étudiés. Ces interrogations ont constitué la matière de mon mémoire de master 27. Cet article en propose une restitution.

D’un événement supposé indifférenciant et visant la nation entière, par quels mécanismes des hiérarchies sociales sont-elles réintroduites dans le traitement des victimes, modifiant ainsi leurs trajectoires et révélant les différentes formes de lien social qui unissent les individus d’une société ?

Ce travail de sociologie politique suit une méthode qualitative : 23 entretiens semi-directifs ont été menés avec 18 victimes-parties civiles, 5 journalistes et 3 chercheuses. Ils ont été complétés par une observation semi-participante via une présence quasi-quotidienne au procès, et par un recensement d’articles de presse et de tweets au sujet des attentats de novembre 2015 et du 14 juillet 2016 et de leurs procès. Il s’inscrit dans le travail de recherche collectif ProMeTe et contribue à l’analyse de la place des victimes-parties civiles dans les procès « historiques » du terrorisme.

L’attentat de trop ? Cadrages et réceptions d’évènements « exceptionnels »

Comment les médias ont-ils évoqué les attentats de novembre 2015 et du 14 juillet 2016 ? Les victimes ont-elles fait partie du récit ? Comment « l’opinion publique » a-t-elle réagi à ces évènements ? Les procès se sont-ils inscrits dans la continuité de ces récits et réactions ? C’est à ces questions qu’est consacrée la première partie de notre étude.

Une médiatisation différenciée : du cadrage terroriste similaire à l’effacement « niçois »

Nous nous sommes intéressé, pour commencer, aux cadrages des attentats réalisés tant par les personnes présentes sur les lieux des attentats que par les journalistes ou hommes politiques. Le terme de « cadrage » trouve son origine dans les travaux d’Erving Goffman8. Le cadre est un « dispositif cognitif et pratique d’organisation de l’expérience sociale qui nous permet de comprendre ce qui nous arrive et d’y prendre part9 ». Autrement dit, il s’agit d’un ensemble d’éléments qui permettent à un individu de donner sens à une situation sociale et d’adapter son comportement. Le cadrage commence en même temps que l’événement, il ne se fait pas seulement a posteriori. Si les victimes du 13 novembre ont souvent évoqué des « bruits de pétards », des « feux d’artifice » au moment des premières détonations, le cadrage « attentat » et « 13 novembre » s’est directement imposé pour le 14 juillet :

« J’osais pas regarder l’arrière du camion (…) je continuais de penser au Bataclan »10.

 

« Alors ce qu’on a vécu, la peur de mourir. Parce que j’étais sûre qu’on allait être canardé. C’était évident. (…) J’étais sûre qu’ils allaient venir nous dézinguer. C’était évident. Il y avait eu le Bataclan quelques mois avant, on commençait à connaître leur façon de faire »11.

Ce cadrage est déterminant pour la suite des événements. Beaucoup d’individus ont sauté sur la plage pour fuir les éventuels coups de feu et se sont blessés à cette occasion. La Cour a pu reconnaître comme parties civiles ces personnes s’étant senties légitimement exposées au danger, quand en réalité, une fois le camion passé, elles ne l’étaient plus.

Du côté de la presse et du monde politique, le cadrage « terroriste » a été utilisé pour décrire les deux événements. Les attentats du 13 novembre et du 14 juillet ont reçu la même attention médiatique au lendemain de leur perpétration. Les gros titres se sont concentrés sur la violence des événements et sur les massacres hors-norme commis. Une légère différence pouvait être notée : la « guerre » était mentionnée pour le 13-Novembre, quand le « carnage » décrivait Nice. Or, la guerre renvoie davantage au politique. Le carnage est plus brut et ponctuel. Aucune couverture ne montrait directement de victimes blessées physiquement ou décédées. Si la presse nationale tendait à dessiner un triptyque mortifère (janvier-novembre-14 juillet) et à désigner la France comme la cible de ces attaques, les quotidiens régionaux insistaient davantage sur les localisations précises (Paris, Saint-Denis, Nice, etc.).

Figure 1. Unes de presse au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 et du 14 juillet 2016.

Figure 1. Unes de presse au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 et du 14 juillet 2016.

Après ce premier temps de communication, les traitements médiatiques du 13 novembre et du 14 juillet ont radicalement divergé, que ce soit dans la durée du suivi ou dans le contenu évoqué à la « une ». Les attentats de novembre sont restés plus longtemps dans l’actualité alors que le 14 juillet a très vite été éclipsé par l’actualité internationale (tentative de coup d’État en Turquie, investiture de Donald Trump comme candidat du parti républicain) ou par un autre attentat (le 26 juillet à Saint-Étienne-du-Rouvray). Les quotidiens semblent avant tout traiter les événements sur leur mode habituel de communication (politique pour Le Monde, conséquences sur le monde sportif pour L’Équipe, interviews de victimes ou de témoins de la région pour La Montagne, etc.). Les cadrages opérés par les médias influencent la manière de recevoir l’information : la désignation des cibles (qui est attaqué ?), la comparaison à des événements antérieurs, l’accent mis sur certains thèmes (victimes, désorganisation, revendication, etc.) conduit à plus ou moins de « concernement » du lectorat. Les médias imposent une certaine définition des faits et proposent (ou non) une manière d’être concerné. Ils jouent un rôle central dans la sélection et le filtrage des problèmes auxquels ils donnent une visibilité. Toutefois, les récepteurs de l’information ne sont pas passifs et participent eux aussi à un filtrage des nouvelles médiatiques.

Réagir à un attentat et s’en souvenir : une évidence à déconstruire

« Moi c’est franchement que Arefa (un accusé), il voit les gens machin crever et qu’il continue l’anniversaire, que l’autre fou de Zagar (un proche de Lahouaiej-Bouhlel)12 il dit “moi je vais faire mon footing quand même sur la Prom’ le 15 au matin parce que machin.” Ou euh … ou Ghraieb (un accusé) qui va faire sa vidéo complètement tordue, ah ouais ceux-là, ceux-là foutez-les en prison. C’est des malades ! »13.

Est-ce un signe de folie de ne pas se sentir concerné par un attentat au point de continuer ses activités quotidiennes sur le lieu même de l’attentat ? D’un point de vue moral, on pourrait immédiatement s’indigner devant ce manque de réaction face à la souffrance d’autrui. D’un point de vue sociologique, le constat n’est pas si surprenant. Gérome Truc s’intéresse dans son ouvrage Sidérations. Une sociologie des attentats aux facteurs de « concernement » qui conduisent à se sentir concerné par un attentat. Les proximités sociale, géographique, culturelle, historique, politique jouent sur la propension à réagir à un attentat. Avoir des proches impliqués dans l’événement, mais aussi y trouver un écho de nos caractéristiques sociales (partager un mode de vie, des valeurs, une profession, des pratiques avec les personnes attaquées, s’être déjà rendu sur les lieux du drame, etc.) permet de s’identifier et de se sentir concerné. L’appartenance nationale ne joue que faiblement sur le concernement.

La moindre considération déplorée par certaines victimes du 14 juillet fait appel à ce concernement. Nous avons cherché à étudier les différentes réactions aux attentats. Nous avons déconstruit l’idée d’une « opinion publique », concept critiqué en sociologie, notamment par Pierre Bourdieu14 pour son artificialité. Les sondages cherchant à mesurer cette opinion publique la créent artificiellement en imposant une problématique (poser une question que les répondants ne se posaient pas forcément) et en créant un effet de consensus (…% des Français pensent que, alors que la force de leur opinion peut-être inégale et qu’ils n’ont pas les mêmes ressources pour se forger un avis). Dans la temporalité d’un mémoire, nous avons décidé d’utiliser Twitter pour approcher les réactions aux attentats. Elles sont spontanées (et évitent l’effet d’imposition de problématique) mais il est plus difficile d’accéder au profil sociodémographique des utilisateurs et tout le monde n’utilise pas Twitter. Sans prétendre à une généralisation, nous avons pu observer que sur Twitter les réactions aux attentats du 13 novembre 2015 ont été bien plus importantes que pour le 14 juillet. Le #PrayForParis aurait été utilisé vingt fois plus que le #PrayForNice.

  Hashtags Nombre de tweets récoltés Hashtags Nombre de tweets récoltés
1 #PrayForParis 338 548 (échantillon*) #PrayForNice 127 578
2 #UneBougiePourParis 7 356 #JeSuisNice 10 572
3 #13novembre2015 50 918 #14juillet2016 9 600
4 #Bataclan AND** #13novembre 2015 5 779 #attentatdeNice 249 798
5 #terrasses AND #13novembre 2015 117 #attentat14juillet 366
6 #StadeDeFrance AND #13novembre 2015 363 #justicefornice 32
7 #v13 3 580 #procesdenice 60
8 #proces13novembre 13 781 #proces14juillet 729
9 #procesdesattentatsdu13nov 9 609 #procesdelattentatdeNice 5 569

 

* Les données du #PrayForParis étant trop volumineuses, les tweets sont collectés à partir du 1er janvier 2016. Plus de 6 millions de tweets ont été postés en moins de 24 heures. 20 millions de tweets comporteraient le #PrayFor Paris.

** La mention AND collecte les tweets présentant les deux hashtags, évitant ainsi les hors sujets.

Les réactions géolocalisables ont été mondiales (seule une minorité de tweets sont géolocalisés, là encore les résultats ne sont pas représentatifs). Les pays où l’on observe le plus de réactions sont les pays occidentaux. Les proximités sociales, culturelles, historiques, géographiques, religieuses expliquent sûrement le concernement.

Figure 2. Origine des tweets géolocalisables. 1. #PrayforParis. 2. #PrayforNice. Réalisation: Zacharie Behel

Figure 2. Origine des tweets géolocalisables. 1. #PrayforParis. 2. #PrayforNice.

Au niveau du contenu, ce sont essentiellement des messages de paix et d’amour qui sont partagés sur le réseau. La faible proportion de messages politiques n’est pas étonnante. Julien Boyadjian montre que la majorité des utilisateurs de Twitter ne s’exprimaient que très rarement sur des sujets politiques15.

Mots-clés Nombre d’occurrences pour le #PrayForParis*** Nombre d’occurrences pour le #PrayForNice
World 2 692 1 059
Thoughts prayer 1 957 1 584
Victimes 1 693 933
Love 1 066 993
Monde 1 249 1 008
Hope 1 357 563
Respect 1 043 313
Families 169 933
Hommage victimes 1 382 249

 

*** Pour rappel, il n’a pas été possible de collecter les tweets du #PrayforParis intégralement. Les résultats ne concernent que les tweets postés à partir du 1er janvier 2016.

Il est intéressant d’observer la différence d’occurrence du terme « families » entre Paris et Nice, l’attentat niçois ayant bien plus frappé des familles entières rassemblées pour la fête du 14 juillet.

Enfin, les réactions dans la durée se manifestent de manière décroissante. 87% des tweets collectés comportant le #PrayForNice sont postés dans les 48 heures suivant l’attentat, 97,2% dans la semaine, et 99% dans le mois qui suit. Les souvenirs du 13 novembre semblent plus importants (cf. figure 3, graphique 1). Un pic de tweets continue à marquer chaque date anniversaire.

Figure 3. Mention des attentats de novembre 2015 et du 14 juillet 2016 dans la durée

Figure 3. Mention des attentats de novembre 2015 et du 14 juillet 2016 dans la durée

 

Note : L’échelle logarithmique applique une échelle graduelle, un même segment ne représente pas la même quantité de tweets. Ici on passe de 10 tweets, à 100, à 1 000, à 10 000. Cela permet de mieux rendre compte des petites valeurs.

Nous avons néanmoins déconstruit l’idée d’une mémoire nationale. Selon les travaux d’Halbwachs notamment16, la mémoire est un objet du présent qui dépend de notre entourage, de notre langage, de nos caractéristiques sociales. La mémoire individuelle se situe au croisement de multiples mémoires collectives. Chacun garde, ou non, un souvenir des attentats en fonction de ses relations, de son concernement à l’attentat, de sa position sociale. Si les utilisateurs de twitter réagissent plus sur le 13 novembre, cela ne signifie pas que toute la France se souvient davantage de ces attentats. Gérôme Truc l’a montré dans le chapitre XIII de la Mémoire collective en question(s) : « Y a-t-il une mémoire collective des attentats17 ? ». Par ailleurs, le Bataclan polarise les souvenirs. Les terrasses, le stade de France et la rue de la République à Saint-Denis (assaut du 18 novembre) sont plus souvent oubliés18.

Le désintérêt des citoyens pour le monde judiciaire, l’engouement journalistique pour V13

Nous avons enfin examiné le suivi des procès « historiques » du terrorisme. Pour le procès des attentats du 13 novembre, 141 médias dont 58 étrangers ont obtenu une accréditation. Pour celui du 14 juillet, ils étaient 109 dont 33 étrangers. La totalité des médias n’a jamais été présente quotidiennement. Sept journalistes ont assuré un suivi régulier de Prom’14, contre une vingtaine pour V13 avec plusieurs live-tweets et comptes-rendus d’audience publiés chaque jour. Certaines audiences ont été particulièrement populaires (ouverture du procès, diffusion des images des attentats, audition d’hommes politiques, réquisitions et verdict). Pour V13, l’accusé Salah Abdeslam a polarisé l’intérêt et les articles. Le reste du procès a été moins couvert. Le suivi et le cadrage des procès s’inscrivent dans la continuité du traitement médiatique de l’attentat en 2015-2016. Le procès poursuit l’histoire commencée, mais plus l’histoire avance, plus les narrateurs et les lecteurs se font rares. Peu de personnes se sont déplacées au Palais de Justice de Paris pour assister aux audiences. Journalistes, étudiants en droit, dessinateurs et chercheurs étaient les plus assidus. Si une trentaine de citoyens (majoritairement des professionnels ou étudiants en droit) ont assisté quasi-quotidiennement à V13, seules cinq ou six personnes ont suivi Prom’14 de bout en bout (observation de terrain). Au palais des Congrès de Nice, nommé Acropolis, où le procès était retransmis en direct, le public n’était pas plus nombreux (une dizaine de personnes au plus d’après un élève-avocat). Sur Twitter, seuls les journalistes et les parties civiles ont utilisé les hashtags relatifs aux procès. Et seule une minorité de citoyens, socialement situés, se sont intéressés aux procès. En revanche, cette minorité semble en effet s’être davantage intéressée à V13. Chez les journalistes, il a été manifeste que le procès V13 a été beaucoup plus suivi. Analysons désormais les motifs de ces différences de suivi.

Un procès particulier : l’absence des acteurs traditionnels du monde judiciaire ?

Fatigue à l’écoute de l’horreur, seconds couteaux et auteur absent, parisianisme, les hypothèses ont foisonné pour expliquer le moindre suivi de Prom’14. Interrogeons-nous sur ce que chacune d’entre elles révèle du fonctionnement de nos sociétés.

Entendre et recevoir l’horreur : un acte fatigant et répulsif ?

« Personne avait envie d’écouter les parties civiles de Nice malheureusement. C’est pas parce qu’elles étaient de Nice mais parce que la plupart des journalistes qu’ont suivi Nice avaient suivi V13 et les deux procès étaient l’un après l’autre. En fait y avait que les vacances d’été pour se ressourcer émotionnellement, moralement et en fait c’était un … on y allait tous un peu à reculons en fait. On était tous violentés, abimés par les cinq semaines de témoignages de V13 et probablement durablement. (…) On avait tous très peur d’y aller »19.

Beaucoup d’acteurs impliqués dans le suivi des procès (avocats, chercheurs, journalistes) ont évoqué la fatigue pour expliquer une moindre présence à Prom’14. Écouter l’horreur serait épuisant. Nous avons cherché à recontextualiser cette affirmation. Norbert Elias20 a décrit la mise à distance de la violence et l’élévation du seuil d’émotivité avec le processus de civilisation. L’individu réprime ses pulsions, les représentations de la mort, du sang, sont de moins en moins tolérées. Ainsi, les récits d’attentat viennent bouleverser cet ordre avec l’irruption brusque de l’horreur. Les acteurs plus habitués y sont moins sensibles :

« Je ne me prépare pas psychologiquement. Je sais que je vais voir (…) des trucs raides mais je traite les jours les uns après les autres. C’est l’avantage (…) d’y être tout le temps. Parce qu’on a moins d’effet choc »21.

Un encadrement social vient régir les réactions aux récits de souffrance.

La particularité de l’horreur du 14 juillet a été avancée comme motif de fuite. La mort d’enfants, l’usage d’un objet du quotidien (un camion) loin de tout imaginaire guerrier et la perversité de l’auteur (incapable de réprimer ses pulsions contrairement au modèle de l’individu moderne décrit par Elias avec le processus de civilisation) auraient été intolérables. L’observation a permis d’exclure cette hypothèse : les bancs se sont soudainement remplis le jour de la diffusion de la vidéo de l’attentat. Si la fatigue émotionnelle de nombre d’acteurs ayant couvert le procès V13 est indéniable, elle ne peut expliquer la désaffection constatée à Prom’14. C’est du côté des parties civiles et des accusés qu’il nous faut regarder.

Héroïser le récit ? Entre noblesse et complexité du récit

Des accusés et des parties civiles moins intéressantes, une histoire plus complexe. Là a été la plus grande hypothèse de ce travail. Le récit « niçois » est moins dicible, plus difficilement audible. Il sort des traditionnelles constructions manichéennes. Le 14 juillet n’aurait pas eu ses « vrais méchants », il n’aurait pas eu ses « vrais héros ». Les récits médiatiques ont avant tout fait l’histoire d’un psychopathe alors que les attentats de novembre 2015 étaient inscrits dans un contexte géopolitique précis. Les accusés étaient de pathétiques immigrés ignorants quand ceux de V13 étaient de véritables combattants étrangers, en guerre contre l’Occident.

Du côté des victimes et parties civiles, celles de Prom’14 ont été catégorisées comme « haineuses » face à la « noble jeunesse » de V13, prompte à pardonner. Si la haine a existé à Prom’14, elle s’était aussi manifestée à V13. Sans doute existe-t-il davantage de victimes en proie à ces sentiments parmi celles du 14 juillet, mais il serait abusif d’en faire un modèle-type. À la barre, les mêmes attentes de peines justes ont été exprimées :

« La haine n’appelle pas la haine. Ça non. (…) Si on commence à répliquer on va jamais finir. Alors, je préfère laisser la justice faire sa part »22.

 

« Je suis fier de mon pays, je suis fier de ce procès qui a lieu, de notre justice. Et je dirais, c’est pourquoi je dépose aujourd’hui toute la nébuleuse de haine ou de gens qui veulent reprendre l’horreur, en fait je les emmerde. Je les emmerde »23.

Les parties civiles de Prom’14 présentent une grande diversité tant en termes d’âge, que de profession ou d’origine géographique. Celles de V13 étaient relativement plus homogènes, du moins pour les victimes du Bataclan et des terrasses. Celles du Stade de France et de la rue de la République avaient un profil sociodémographique différent, plus populaire, et ont été moins représentées dans les médias et au procès.

Figure 4. Professions, âges et origines géographiques des parties civiles venues déposer à la barre de Prom’14 (selon les données disponibles)

Figure 4. Professions, âges et origines géographiques des parties civiles venues déposer à la barre de Prom’14 (selon les données disponibles)

 

AEC : Artisans, Commerçants et Chefs d’Entreprise ; CPIS : Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures.

Plus que la haine, c’est davantage la colère des « Niçois » qui s’est fait entendre, colère contre des manquements et des violences institutionnelles. Le dispositif de sécurité du 14 juillet 2016 a été jugé défaillant, les dénonciations à la barre ont été nombreuses, un autre procès contre la ville est attendu. L’insensibilité et le manque de tact des experts psychiatres du Fonds de garantie ont été dénoncés. Les prélèvements d’organes effectués sans informer les familles ont été fustigés. Les institutions françaises sont autant mises en causes que l’auteur de l’attentat, sortant le récit d’un schéma manichéen.

Un procès clivant. Enjeux de justice et « union sacrée »

Le dossier du « 14 juillet » a beaucoup divisé : attentat ou tuerie de masse ? (À comprendre au sens commun plus qu’au sens juridique : revendication politique ou action morbide d’un fou). Accusés complices ou victimes d’un complot ? Procès de l’attentat ou procès des accusés ? (Faire payer pour les 86 victimes décédées, leurs familles et les milliers de blessés psychiques ou, selon le droit, juger les seuls actes des accusés ?). Les acteurs du monde judiciaire se sont opposés (entre groupes et au sein de chacun) : parties civiles et leurs avocats, avocats de la défense, journalistes. L’atmosphère du procès nous a été décrite en entretien comme « délétère » (Michael*), « solitaire » (Michael* journaliste et Albane* chercheuse) en opposition à « l’harmonie V13 » (Michael* et Jean*, journalistes). Ces divisions peuvent déroger à l’imagerie traditionnelle « d’union sacrée » dans l’épreuve. Dans la violence, les conflits seraient oubliés pour faire front commun face à l’ennemi. Nicolas Mariot a déconstruit cette idée de fraternité dans les tranchées en démontrant la persistance des hiérarchies et divisions sociales ordinaires (les jeunes bourgeois se démarquant du soldat hirsute24). Si des liens sociaux forts ont été tissés entre certaines victimes (Patrick, partie civile, parle par exemple en entretien de sa « famille de cœur » à propos de victimes du 14 juillet), des liens d’inimitiés se sont aussi manifestés dans les coulisses du palais (le 21 octobre à l’occasion de la déposition des associations de victimes notamment) ou en entretien. La multiplication des associations de victimes du 14 juillet a pu illustrer ces divergences d’opinions et ces conflits. Quatre associations coexistent, produisent du collectif mais ne parviennent pas à fédérer l’ensemble des victimes. « L’union sacrée » ne prend pas. Sans doute, cela tient-il à l’hétérogénéité des personnes présentes sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016.

Des parties civiles hétérogènes. Engagements et parcours de « victimes »

Le dernier temps de notre mémoire a été consacré à l’exposition de la divergence des parcours de victimes et à la déconstruction de cette « catégorie sociale improbable25 ». Les ressorts du sentiment de moindre considération ont été interrogés.

De la victime à la partie civile : une carrière semée d’embûches

Si, depuis le début de ce travail, nous avons décrit les bancs vides du procès avec l’absence des journalistes et le relatif désintérêt des citoyens, c’est en oubliant des acteurs centraux : les victimes et parties civiles. 2600 parties civiles constituées, pour une dizaine présentes quotidiennement à Paris. Le procès était retransmis à l’Acropolis de Nice – une quarantaine de parties civiles y étaient présentes quotidiennement (observation et entretiens informels), ainsi que via la webradio (nous n’avons pas réussi à obtenir ses chiffres d’audience). La majorité des parties civiles n’assistent pas à leur procès, toutes les victimes ne se constituent pas parties civiles. À partir des entretiens que nous avons pu mener avec une personne non constituée comme partie civile et avec trois parties civiles suivant le procès à distance via la webradio, nous pouvons avancer que l’implication dans l’attentat mais aussi les caractéristiques sociales dominent pour expliquer les inégalités de suivi du procès. La plupart des victimes endeuillées se sont constituées parties civiles (certains défunts n’ont toutefois pas été représentés à la barre par leurs proches). Les victimes dites « psychologiques » présentent davantage de problèmes de légitimité à se constituer, à assister au procès et à venir déposer : « Le fait que nous, on n’ait perdu personne et qu’on soit pas blessé physiquement, je me voyais pas le droit de me porter partie civile en fait » (Stéphanie, partie civile)26. Certains cherchent à mettre à distance l’événement, c’est le cas du mari et de la fille de Stéphanie, non constitués, ou encore de Lorie avec qui j’ai pu m’entretenir. Elle était avec sept membres de sa famille sur la Promenade des Anglais, ils sont tous rentrés en vie : « On voulait tellement s’éloigner de ça que, enfin c’est vrai qu’on s’est même pas posé la question euh de se dire, si on prend parti ou pas »27. Les écarts de diplôme, la technicité du droit, la hiérarchie des professions sont autant de facteurs qui influencent le rapport à la justice, rapportent Vigour et al.28 L’éloignement, la méconnaissance voire l’ignorance des règles peuvent être telles qu’elles empêchent la constitution de partie civile. Nombreux ont été les enquêtés à décrire leur sentiment d’intimidation en arrivant devant la Cour à Paris : « J’avais l’impression d’être devant Dieu comme si c’était moi la coupable et qu’on me jugeait. C’est fou ! Ce transport … J’étais toute tremblante », raconte Véronique (partie civile)29. Les inégalités économiques sont aussi importantes : les parties civiles peuvent être indemnisées (pour l’interruption de leur activité en assistant aux audiences, pour les voyages à Paris effectués) mais elles doivent avancer les frais :

« Venant de Nice, pour nous, financièrement, c’est impossible de venir, d’avancer les sous. (…) Beaucoup de parties civiles sont obligées d’annuler leur témoignage parce qu’elles n’ont pas les moyens. On a l’impression que le procès a été confisqué »30.

Dans « Profanes en justice31 », Lejeune et Spire expliquent que « l’utilisation du terme “profane” permet de replacer les rapports de domination au centre de l’analyse, en rappelant le sentiment de dépossession que peut produire l’institution judiciaire et ses procédures ». À l’Acropolis, les parties civiles ont pu se réapproprier l’espace en réagissant ouvertement aux débats et en applaudissant, sans être réprimandées par la Cour. Les caractéristiques sociales restent prégnantes pour expliquer le parcours des victimes qui sont inégales dans leur rapport à l’institution. La « rupture biographique » provoquée par l’attentat est à nuancer. Si l’attentat bouleverse les vies des individus attaqués, ceux-ci réagissent selon leurs dispositions sociales. Les inégalités se perpétuent. Tous ne se constituent pas parties civiles, n’entament pas des démarches auprès du Fonds de garantie. Tous n’ont pas élevé la voix pour déplorer une moindre attention ou dénoncer les défaillances institutionnelles.

Déplorer une moindre attention : regagner un « nous »

Au cours du travail, nous avons développé l’idée d’une « double déviance » des victimes du 14 juillet. Howard Becker théorisait la déviance32 comme un processus d’étiquetage de transgression de la norme. Il ne suffit pas de transgresser une norme, une règle pour être déviant, il faut que les autres nous désignent comme tel. Un individu peut être déviant sans transgresser de normes ou au contraire transgresser des normes sans être étiqueté comme déviant. La première déviance, commune aux victimes, tient dans la confrontation à la mort. Nous avons vu qu’avec le processus de civilisation, la souffrance et la mort sont tenues à distance de la société. La confrontation à l’extrême violence que vivent les victimes les fait dévier de cette norme de l’individu moderne civilisé. La « carrière33 » proposée aux victimes de terrorisme – du suivi psychologique, au procès en passant par l’indemnisation du Fonds de garantie – pourrait avoir pour but de les réintégrer en les sortant de leur déviance et en les ramenant à la norme. Nombreuses ont été les parties civiles à décrire le sens littéral et figuré de la déposition au procès. Marie-Claude exprimait : « Il faut être porteur de beaucoup d’émotions. Et y aller comme si on partait en voyage. Poser ses valises, tout déballer et s’en aller. Et laisser tout là-bas. Moi, c’est ce qui s’est passé »34. Le procès se présente ainsi comme la destination finale de la carrière après laquelle une nouvelle route peut être prise. Il marque la reconnaissance officielle des souffrances, par l’écoute accordée et l’octroi du statut de partie civile. À ce titre, les victimes de terrorisme bénéficient d’un statut privilégié et de droits particuliers, fruit de leur mobilisation (cf. Françoise Rudetzki notamment35). D’autres victimes ne reçoivent pas le même traitement, à l’instar des victimes de violences sexuelles dont le discours est sans cesse mis en cause et parvient rarement aux portes du tribunal36 ou encore des victimes de violences policières. En revanche, si le statut des victimes de terrorisme est consolidé, un certain rôle en est attendu. Fassin et Rechtman évoquent une « traumatisation de l’expérience37 » : la lecture des violences se fait désormais à l’aune des blessures psychiques et particulièrement du traumatisme. Le récit de la victime est entendu mais doit se conformer à des attentes : parler de son traumatisme, de sa souffrance et ne pas en déborder. Or, les victimes du 14 juillet ont exprimé beaucoup de colère, déviant du rôle attendu de la « bonne victime », pouvant ainsi nous conduire à évoquer une « double déviance ». Les victimes du 14 juillet ont des choses à dire. Elles le font entendre mais regrettent le faible écho social en retour.

Un procès pour mémoire ? La peur d’être oublié

Le dernier ressort à étudier tenait aux questions mémorielles des attentats. Beaucoup de victimes craignent l’oubli et insistent sur le devoir mémoriel. Les victimes du terrorisme, mortes « au nom de la France », doivent être honorées et leur souvenir doit permettre d’éviter la reproduction de la violence. Sur l’efficacité des politiques mémorielles pour la prévention des conflits, les résultats sont mitigés, les récepteurs de ces politiques étant souvent préalablement convaincus des idéaux de paix prônés38. En revanche, l’espace judiciaire s’est mué en véritable espace de commémoration : photographies des défunts projetées (en vacances, lors de retrouvailles familiales, etc.), discours-hommage prononcés. Les dépositions des parties civiles de V13 ou Prom’14 se sont écartées des normes juridiques. Elles n’ont que très rarement apporté de preuves sur la culpabilité des accusés. La justice a ouvert, pour les victimes du terrorisme, un espace de reconnaissance et de mémoire sans précédent. Si l’émotion du deuil et de la souffrance est généralement associée à un acte apolitique, Stéphane Latté démontre le contraire39. L’émotion et la peine partagées ne s’opposent pas nécessairement à une forme de contestation. Plusieurs parties civiles ont évoqué en entretien la nécessité de témoigner, d’émouvoir pour faire condamner (le terrorisme et/ou les accusés). L’émotion attendue est détournée de ses seules fonctions d’expression d’un chagrin voire d’un traumatisme. Le stigmate fait l’objet d’une réappropriation et ouvre sur une revendication. La mémoire des victimes du 14 juillet est particulièrement politique. Les débats autour de l’implantation de la statue commémorative de L’Ange de la Baie en sont révélateurs. Si le maire de Nice a longtemps essayé de reléguer la statue hors de la Promenade des Anglais, les victimes se sont battues contre cette perte de sens et pour que la ville assume ses responsabilités. Elles ont finalement obtenu gain de cause. Aujourd’hui, elles militent pour que la sculpture soit mieux entretenue, et le cartel plus explicite. La dépolitisation par l’emploi du terme « ange » n’est pas appréciée. « Ça arrange tout le monde de dire “les Anges” comme ça on n’expliquait pas trop ce que c’était. On voudrait que le mot attentat soit écrit »40. L’exigence de reconnaissance demeure le cœur des attentes mémorielles.

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1

Tweet de l’association de victimes Life for Nice, 14 juillet 2023.

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2

Anne G. partie civile, entretien du 29 novembre 2022, mené par Sandrine Lefranc, réalisé avec Janna Behel et Johanna Lauret.

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3

Célia, partie civile, Enquêtes de région, France 3, janvier 2023 (interview du 6 septembre 2022).

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5

L’appellation « Prom’14 » a été proposée par l’écrivain Thierry Vimal dans sa chronique du procès intitulée Ça passe crème. Il est aussi partie civile. On ne peut dire que cette appellation se soit propagée comme « V13 » mais elle nous sera bien utile pour mentionner le procès de l’attentat du 14 juillet 2016 de Nice. L’attentat a eu lieu sur la Promenade des Anglais de Nice.

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6

Durkheim définissait dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse des moments « d’effervescence collective ». Ce sont des temps qui rassemblent les individus d’un groupe « dans une même pensée et une même action » (p. 553). De ce rassemblement naît une énergie transcendantale qu’il nomme le « mana ». Ce « mana », lorsqu’il est projeté sur un objet externe, hors des consciences, est conscientisé par le groupe et permet sa naissance.

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7

Janna Behel, « Sur le traitement hiérarchisé des victimes : des bancs vides ? Place et reconnaissance des parties civiles du procès de l’attentat du 14 juillet 2016 », Mémoire de master 2, Sous la direction de Sandrine Lefranc, IEDES, Paris 1, juillet 2023.

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8

Erving Goffman, Les Cadres de l’expérience, Paris, Les Éditions de Minuit, 1991 (1974).

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9

Isaac Joseph, Erving Goffman et la microsociologie, Paris, Presses Universitaires de France, 1998, p. 123.

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10

Une partie civile à la barre le 19 octobre 2022.

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11

Une partie civile à la barre le 21 octobre 2022.

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12

D’abord mis en examen puis sous contrôle judiciaire, il était en contact régulier avec Lahouaiej Bouhlel. Son frère était marié à la sœur de ce dernier. Il comparaît finalement comme témoin à l’audience.

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13

Thierry, partie civile, entretien du 19 novembre 2022.

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14

Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas », Les Temps Modernes, vol. 318, janv. 1973, p. 1292-1309.

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15

Julien Boyadjian, « Twitter, un nouveau “baromètre de l’opinion publique” ? », Participations, vol. 8, no. 1, 2014, p. 55-74.

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16

Maurice Halbwachs, Les Cadres sociaux de la mémoire, Paris, Hachette BnF, 1925 ; Maurice Halbwachs, La Mémoire collective, [pdf en ligne], 1950.

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17

Gérôme Truc, « Y a-t-il une mémoire collective des attentats », in Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc (dir.), La Mémoire collective en question(s), Paris, Presses Universitaires de France, 2023.

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18

Emmanuel Cayre, « Document : Plaidoirie en faveur de “victimes réduites au silence” », in Équipe ProMeTe (dir.), « Les procès “historiques” du terrorisme », Politika, mis en ligne 18/07/2022.

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19

Michael*, journaliste, entretien du 10 mars 2023.

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20

Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, dans Sur le processus de civilisation, Paris, Pocket, 2003 (1939).

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21

Florence, journaliste, entretien du 18 avril 2023.

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22

Une partie civile à la barre le 4 octobre.

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23

Une partie civile à la barre le 4 octobre.

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24

Nicolas Mariot, « "Je crois qu’ils ne me détestent pas". Écrire l’inimitié dans les correspondances lettrées de la Grande Guerre », Genèses, vol. 96, no. 3, 2014, p. 62-85.

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25

Stéphane Latté, « Les “victimes”. La formation d’une catégorie sociale improbable et ses usages dans l’action collective », Thèse pour le doctorat d’études politiques, Paris, EHESS, 2008.

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26

Entretien du 12 février 2023.

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27

Entretien du 14 février 2023.

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28

Cécile Vigour, Bartolomeo Cappellina, Laurence Dumoulin et Virginie Gautron, La Justice en examen, Paris, Presses Universitaires de France, 2022.

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29

Entretien du 20 février 2023.

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30

Une partie civile à la barre le 5 octobre.

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31

Aude Lejeune et Alexis Spire « Profanes en justice », Genèses, vol 128, no. 3, 2022.

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32

Howard S. Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.

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33

La notion de carrière a été développée par Everett Hughes. Elle désigne un processus temporel de transformation de la personne, étape par étape. Pour achever sa carrière, il faut réussir chaque étape. L’individu a le choix de poursuivre sa carrière ou d’en sortir à tout moment. La notion de carrière a été utilisé dans de nombreux travaux de sociologie et dépasse la seule application professionnelle ainsi des carrières d’anorexique (Darmon), de déviants (Becker), etc. 

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34

Entretien du 13 février 2023.

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35

Voir Didier Fassin et Richard Rechtman, « Politique de la réparation », L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, chapitre II, 2007.

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36

Véronique Le Goaziou, Viol. Que fait la justice ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2019.

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37

Didier Fassin et Richard Rechtman, « Politique de la réparation », L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, chapitre II, 2007.

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38

Voir notamment Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2017.

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39

Stéphane Latté, « Le choix des larmes. La commémoration comme mode de protestation », Politix, vol. 110, no. 2, 2015, p. 7-34.

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40

Célia (14), entretien du 13 avril 2023.