La resignification du « Valle de los Caídos » et les politiques publiques de mémoire
Professeure d'histoire contemporaine

(Université autonome de Barcelone - CEDID)

La demanda de memoria y el uso público de la historia

Visite de Franco au monument du Valle de los Caídos.

La revendication de la mémoire et l’usage public de l’histoire

L’importance acquise par la mémoire comme moyen d’approcher le passé, constatée au cours de ces trente dernières années, est révélatrice de la période culturelle que vivent les sociétés occidentales. La mémoire est devenue une préoccupation centrale de la culture et de la politique. Ce retour vers le passé contraste avec la tendance à privilégier l’avenir, caractéristique de la modernité du XXe siècle. Selon les propos d’Andreas Huyssen, c’est comme si depuis le présent, on ne se focalisait plus tellement sur l’avenir dans le présent, mais davantage sur le passé dans le présent, comme si le passé était invoqué afin de pourvoir à ce que l’avenir n’aurait pu apporter dans l’imaginaire précédent du XXe siècle1. Puisque les utopies émancipatrices n’ont plus la force de propulsion qu’elles avaient tout au long du XXe siècle, il est certain qu’une part de la société, orpheline d’expectatives, invoque fréquemment le passé pour le substituer à l’avenir dans l’espace qu’il occupait dans l’imaginaire collectif. En ce sens, dans le cas espagnol, Pedro Ruiz Torres utilise l’expression « mémoire-prothèse », en faisant référence au mouvement pour la reconnaissance publique de la mémoire des vaincus de la guerre civile et de l’anti-franquisme, lié à la revendication de légitimité historique de la culture républicaine2.

La revendication de la mémoire s’est également nourrie de la force du néo-conservatisme, qui a perçu la déroute du communisme soviétique comme une opportunité pour réécrire l’histoire du passé récent de façon favorable aux idées libérales et conservatrices3. L’idéologie de la fin de l’histoire se diffuse aussi dans ce cadre temporel4. Les dictatures de droite du XXe siècle furent également réévaluées, beaucoup de jugements dominants du monde occidental au niveau social et historiographique furent inversés, permettant de redistribuer la charge de la culpabilité au sujet des guerres du XXe siècle5. On pourrait dire que le révisionnisme historique a représenté « un virage éthico-politique » dans la manière de comprendre le passé, un changement radical de la conscience historique dominante dans le monde occidental depuis l’après-guerre6.

Dans ce contexte, les conflits mémoriels sont renforcés puisqu’ils se réfèrent aux événements du passé que l’on considère comme importants pour le présent. En Espagne, la mémoire concernant le régime franquiste reste en conflit, malgré nos connaissances historiques. En effet, comme l’a rappelé en maintes occasions Tzvetan Todorov, la mémoire a une puissance jamais atteinte par l’histoire ; dans ce cadre où l’émotion prime, on a même décrit le XXIe siècle comme celui d’une saturation de mémoire7. Il est certain, cependant, que la mémoire et l’histoire sont deux formes de relation au passé qui se sont entrelacées8.

Sur la période de près d’un demi-siècle qui va de la proclamation de la Seconde République à l’instauration de la démocratie dans les années 1970, l’historiographie est aujourd’hui très large et diverse dans son apport interprétatif sur les différentes étapes qui ponctuent cette période. Toutefois, il n’y a presque pas de débat historiographique sur le fait que la sanglante guerre civile, qui a pris fin avec la défaite républicaine, a été déclenchée par un coup d’État contre-révolutionnaire. Celui-ci a commencé à s’organiser de façon discontinue dès 1932 et plus systématiquement après le triomphe des partis de gauche aux élections de février 1936.

Cette thèse qui est admise dans le champ de l’historiographie est remise en question par l’opinion publique plus conservatrice, particulièrement dans les médias, qui se sont substitués devant la société aux circuits universitaires et institutionnels en matière de reconnaissance de ce qui est historique9. Dans ce contexte, défavorable pour l’influence sociale de l’historiographie, le grand défi pour les historiens est de parvenir à ce que la connaissance historique forme la base de la mémoire publique que demandent ses contemporains10.

Ces trois dernières décennies, en Espagne, l’expression « mémoire historique » s’est répandue comme synonyme d’un genre collectif de mémoire, qui nous renvoie à l’usage politique et social de l’histoire dans la société11. Puisque la mémoire est une faculté uniquement individuelle, et donc partiale et subjective, lorsqu’on utilise ce terme c’est habituellement pour faire référence à son acception collective, entendue comme l’ensemble des éléments du passé considérés comme socialement remarquables, une sélection de faits destinés à s’intégrer à la mémoire individuelle, qui conditionne ainsi la perception de soi de l’individu dans la collectivité. Par conséquent, un trait fondamental de ce qu’on appelle la mémoire collective est son caractère normatif, c’est pourquoi, en plus d’offrir des images du passé, les faits sélectionnés agissent comme référence sociale.

En ce qui concerne spécifiquement l’Espagne du XXIe siècle, dans le cadre de ce qui nous préoccupe ici, l’expression « politiques de mémoire démocratique » renvoie à la volonté de voir disparaître de l’espace public les hommages aux référents symboliques de la dictature franquiste et, à l’inverse, qu’on y intègre les référents symboliques de la démocratie. Dans une société démocratique, l’histoire permet de connaître et de comprendre notre histoire collective, et les politiques publiques de mémoire démocratique peuvent aider à faire parvenir à l’ensemble de la société les conséquences des expériences antidémocratiques du passé.

La mémoire du franquisme et la démocratie espagnole

La revendication de mémoire en Espagne est associée à l’absence, jusqu’au XXIe siècle, de politiques publiques reconnaissant aussi bien la violence des nationalistes durant la Guerre civile que la répression franquiste qui s’en est suivie. Comme l’ont relevé les historiens, pendant la guerre, la violence s’est exercée dans les deux camps, mais avec des caractéristiques distinctes. Dans le camp républicain, la violence est devenue un ingrédient de la réponse désordonnée que les organisations politiques et syndicales de gauche ont apportée au coup d’État militaire, alors que dans le camp des rebelles nationalistes, elle fut une composante essentielle de la construction du nouvel État recherché par les militaires insurgés. L’historiographie a prêté une grande attention à l’étude de l’ampleur et des caractéristiques de la répression franquiste puisque, au cours des années 1980, le niveau des connaissances historiques à propos des violences des deux camps étaient très différents. Il n’était pas possible alors de faire un décompte approximatif du nombre de personnes tuées par la répression des vainqueurs, contrairement au nombre des victimes des violences républicaines, bien connu dès les années 1940, du fait de diverses actions complémentaires mises en œuvre par le régime.

Le franquisme a indéniablement développé une très puissante politique de mémoire, visant à légitimer le régime politique né de sa victoire sur le champ de bataille. La politique mémorielle, cherchant à mainenir vivante une image du passé qui corresponde à ses critères idéologiques et à ses intérêts politiques, a placé la Guerre civile au centre de la scène : comme point d’arrivée des désastres auxquels le libéralisme et la démocratie avaient conduit, et comme point de départ de la renaissance de l’Espagne. La centralité du soulèvement – le régime a toujours nié qu’il s’agissait d’un coup d’État – s’est notamment traduite par deux sens opposés : l’un associé à la Seconde République et à la terreur rouge, l’autre à l’exaltation de la mémoire de « ceux qui sont tombés pour Dieu et pour l’Espagne », ainsi qu’à la glorification des figures du Nouvel État, en particulier du Caudillo. Le soulèvement et la victoire ont toujours été présentés – avec une intensité variable – comme une source de légitimité. Ceux qui ne partageaient pas les idées des insurgés nationalistes ne faisaient pas partie de la nation et devaient être exterminés. Franco lui-même, dans un discours de 1953, affirmait que « ce n’était pas et ne fut jamais une guerre civile entre Espagnols (...). Ce fut le combat de l’Espagne contre l’anti-Espagne. Celui du bien contre le mal. Nous devions mutiler notre corps, élaguer ces branches pourries et érodées du vieux tronc espagnol, extirper le cancer qui nous rongeait12 ». En 1964, Luis Carrero Blanco – ministre du sous-secrétariat de la Présidence, main droite de Franco – a aussi insisté, dans un discours prononcé au Valle de los Caídos devant le cardinal Cicognani, sur le fait que ce monument grandiose commémorait une victoire « de l’Espagne contre les ennemis de son indépendance et de sa Foi (...) parce que la guerre que nous dûmes, nous, Espagnols, affronter de 1936 à 1939 ne fut en aucune façon une guerre civile, mais une guerre de libération13 ».

La politique mémorielle a débuté dès 1939 et s’est maintenue intacte jusqu’à la fin de la dictature. La volonté explicite de construire un nouvel imaginaire collectif fit de l’occupation physique et symbolique de l’espace public un objectif essentiel du régime franquiste. Le 7 août 1939, le ministère de l’Intérieur émit un ordre selon lequel tous les projets de monuments devaient être approuvées par le ministère « dans le but de forger une unité de style et de sens aux monuments qui perpétuent des faits et des personnes de l’Histoire de l’Espagne, et plus spécialement à ceux qui commémorent la guerre et l’honneur de ceux qui sont tombés ». Ainsi, dans les centres de presque toutes les municipalités d’Espagne, on a construit des monuments, aussi bien de taille moyenne que de grandes dimensions, qui étaient l’expression d’une politique du souvenir visant à exalter les figures – tombés et martyrs – et les événements de la guerre.

Les listes de ceux qui sont tombés, gravées sur les murs des églises, sur des croix, des monolithes et des stèles collectives sont devenues des lieux de mémoire locale. Une mémoire dans laquelle la mort était le mortier de la symbiose entre Dieu et la Patrie ; les structures symboliques du catholicisme devenaient, à leur tour, un facteur essentiel de légitimité pour le nouvel ordre politique14.

À l’inverse, l’instauration de la démocratie dans les années 1970 a signifié une rupture sur le plan légal, mais quelques rares ruptures symboliques dans l’espace public ; cela eut pour conséquence l’installation dans l’imaginaire individuel et collectif d’une perception de continuité, puisque les symboles influencent indéniablement la représentation du monde qui nous entoure de façon plus importante que le cadre légal qui est en place.

Jusqu’au XXIe siècle, le régime démocratique, consolidé par la constitution de 1978, n’a pas voulu développer de politiques de mémoire dans lesquelles la lutte pour la démocratie légitimerait le présent. Pendant la transition de la dictature à la démocratie (1977-1982), période durant laquelle s’est installé un équilibre des forces entre les héritiers de la dictature et ceux qui avaient lutté, à différents degrés, en faveur des droits sociaux et démocratiques, le souvenir de la Guerre civile a limité les propositions de politiques mémorielles15. Cela n’a pas empêché des centaines d’initiatives locales d’exhumation de fosses pour rendre une sépulture digne aux victimes du franquisme16.

Pendant les premières années de la démocratie, les gouvernements de l’Union du Centre Démocratique – un parti regroupant différents courants autour d’Adolfo Suárez – furent plus disposés à approuver des lois incontestables du point de vue des valeurs démocratiques qu’à intervenir dans l’espace public afin d’établir une politique symbolique active et démocratique. Ainsi, les principaux insignes de la démocratie se sont faits longtemps attendre. Les statues de Franco se sont multipliées durant des décennies dans certains endroits d’Espagne, les noms de milliers de personnages liés au régime franquiste se sont retrouvés dans la nomenclature toponymique. Le blason franquiste sur le drapeau espagnol n’a pas été remplacé avant la fin de l’année 1981, c’est la raison de sa présence sur la première page de l’édition originale de la Constitution de 1978. La commémoration du référendum constitutionnel n’est devenue une fête officielle qu’en 1983, cinq ans après son vote. Jusqu’à 1997, la figure de Franco apparaissait sur sept types différents de pesetas. En définitive, l’État n’a pas activement mis en œuvre de politiques visant à affirmer des référents démocratiques, ce qui signifiait la persistance de la mémoire du franquisme dans la mémoire publique.

Enterrio Franco 1975

Enterrement de Francisco Franco, 1975.

Seule une partie des municipalités élues en 1979 entreprirent une politique de mémoire démocratique qui vise à expurger les noms franquistes les plus notoires des rues de villages et de villes. Comme il s’agissait d’initiatives locales, dans les régions, assez étendues bien que moins peuplées, gouvernées par la droite alors clairement héritière du franquisme, les monuments et la nomenclature des rues franquistes se sont maintenus, avec même quelques rares ajouts.

D’un autre côté, dans les années 1980, les médias cessèrent de s’intéresser à l’activisme mémoriel à caractère local. En même temps, les gouvernements dirigés par Felipe González considérèrent que, puisque la mémoire de la Guerre civile et du franquisme était conflictuelle, le gouvernement ne regarderait pas vers le passé, en raison des divisions et des traumatismes qu’il impliquait : toutes les énergies se concentreraient sur l’avenir, suivant un programme de modernisation qui permettrait de sortir de l’« impasse historique ». L’horizon européen et la création d’un État providence devint alors le leitmotiv gouvernemental, laissant de côté les aspects symboliques à contenu démocratique. Le cabinet de Felipe González pouvait supposer que la récupération de la mémoire des victimes de la Guerre civile et de ceux qui avaient lutté contre la dictature entrerait en conflit avec son programme politique17.

La faible volonté politique de consolider une mémoire collective sur le franquisme et l’anti-franquisme, qui correspondrait aux connaissances accumulées par l’historiographie sur le sujet, s’explique aussi par l’influence de l’atmosphère révisionniste qui a eu cours dans toute l’Europe, à partir des années 1980 et en particulier après 1989.

La relecture de l’histoire du XXe siècle, à laquelle nous nous avons déjà fait référence, fut particulièrement intense en Allemagne de l’Ouest, où une dispute entre historiens – historikerstreit – eut lieu en 1986 et 198718. En Italie également, Maurizio Ridolfi a mis en lumière le fait que, depuis l’après-guerre, le discours antifasciste avait assimilé la mémoire publique à l’identité nationale, à travers une interaction complexe entre lieux (monuments, musées), rites (commémorations, fêtes civiles) et canaux de communication (discours, photographies, publications)19. Au contraire, dans les dernières années du XXe siècle, l’œuvre volumineuse de Renzo de Felice, en plus d’offrir une image patriotique de Benito Mussolini, a contribué à remettre en question l’extension de l’antifascisme dans la société italienne20.

Néanmoins, à partir des années 1990, les tragiques expériences antérieures latino-américaines et sud-africaine ont impulsé la création de « commissions-vérité », dans lesquelles les témoignages et leur mémoire devenaient des facteurs de justice. Ces expériences se croisaient avec le débat sur l’Holocauste, présent dans l’opinion publique internationale, dont la portée mondiale s’accentuait. Elles étaient avant tout stimulées par la commémoration de divers événements liés à la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, en Espagne, le mouvement social en faveur de la récupération de la « mémoire historique » s’est consolidé.

En outre, quand le Parti Populaire est arrivé au pouvoir en 1996, la relève générationnelle était importante. Le contexte des expériences et les expectatives pour l’avenir des générations qui ont suivi celle qui a vécu la transition étaient différents. On pourrait dire, en considérant le contexte de l’expérience des vaincus de la Guerre civile, que leurs enfants avaient comme expectative commune de consolider la démocratie, alors que la génération des « petits-enfants » se sentait éloignée du souvenir de la guerre civile et partageait des attentes de justice et de vérité.

Dans ce cadre, la revendication sociale de la mémoire s’est étendue au sein de la société et, à travers les médias, elle a atteint la sphère publique. Comme l’a écrit Ismael Saz, si l’on admet que, durant la transition, la mémoire historique traumatique de la Guerre civile a considérablement pesé, et que cela a fait « tomber dans l’oubli21 » une autre mémoire, celle des vaincus et de la répression franquiste, on peut facilement conclure, en suivant Paul Ricœur22, que cette autre mémoire, engloutie par les ténèbres, devait nécessairement émerger à un moment ou un autre23.

Le Valle de los Caídos dans les politiques publiques de la mémoire

L’œuvre monumentale de Pierre Nora sur l’histoire de France, principalement publiée dans les années 198024, a connu une très vaste répercussion internationale dans les années 1990, notamment en Espagne. Le nouveau concept de lieu de mémoire a représenté une rupture épistémologique parce qu’il permet – comme l’a noté Josefina Cuesta, l’une des principales autrices qui a introduit ce courant en Espagne – une « histoire symbolique, plus préoccupée par le fait d’historiciser un symbole et plus intéressée par l’analyse de la mémoire que le symbole implique et dont il est le porteur, que par le symbole lui-même, plus attentif au contenant qu’au contenu, se focalisant sur la mémoire symbolique et sur son ancrage spatial et temporel25 ».

L’héritage libéral de construction d’imposants édifices, symboles de l’intégration nationale et de la puissance de l’État, fut adapté par les fascismes en suivant un plan idéologique qui faisait de l’architecture un moyen privilégié pour incarner leur politique26. Les mythes nés de la Première Guerre mondiale ont joué un rôle décisif dans la sacralisation politique à caractère nationaliste. La guerre, et plus spécifiquement tout ce qui avait à voir avec la rhétorique et le rituel autour de « ceux qui sont tombés », sont devenus une clé de cette sacralisation.

Il est indéniable que parmi les lieux de mémoire du franquisme, le Valle de los Caídos occupe une place remarquable. On peut affirmer qu’il n’y a pas de monument franquiste en Espagne qui soit plus chargé de symbolisme que celui qui fut construit à Cuelgamuros27. La victoire étant convertie en mythe fondateur du nouveau régime, la sacralisation des origines du Nouvel État resta unie à la douleur qu’il avait engendré dans ses rangs28.

Au-delà même de la beauté des lieux et de la disponibilité du terrain, la localisation n’était pas un hasard. La vallée de Cuelgamuros est située sur la municipalité de l’Escorial, où se trouve le monastère de référence de l’Espagne impériale. Franco s’était impliqué directement dans la recherche d’un lieu adéquat pour la construction du monument et il intervint également dans sa conception29, dont l’objectif était de transmettre une image grandiose et imposante, pour en faire le symbole du rôle historique que le Caudillo s’attribuait et de la puissance de son régime. Le monument était si lié à sa personne, qu’il est devenu son mausolée après sa mort en 1975.

Le décret publié le 1 avril 1940 stipulait que « soient édifiés une basilique, un monastère et une caserne de jeunes soldats », dans le domaine connu sous le nom de Cuelgamuros, « pour perpétuer la mémoire de ceux qui sont tombés lors de notre Glorieuse Croisade ». Le texte commençait par une claire formulation des objectifs : « La dimension de notre Croisade, les sacrifices héroïques que la victoire implique et la portée de cette épopée pour l’avenir de l’Espagne, ne peuvent être perpétués par les simples monuments avec lesquels on a l’habitude de commémorer, dans les villages et les villes, les faits saillants de notre Histoire et les épisodes glorieux de ses enfants. » Un décret de la fin des années 1950 réitérait la définition de l’objectif de la construction : un « monument imposant, destiné à perpétuer la mémoire de ceux qui sont tombés dans la Croisade de Libération30 ».

En définitive, depuis 1940, on a édifié un espace architectural fortement chargé de symbolisme, qui portait une volonté de solution finale en tant que maison commune des héros et martyrs de la guerre31, avec pour objectif ultime de représenter la matérialisation des idéaux de grandeur du nouveau régime. L’acte protocolaire par lequel le caudillo du Nouvel État fit connaître la décision de la construction du monument est très significatif. Francisco Franco convoqua le gouvernement à Cuelgamuros, les chefs et les officiers des trois forces armées, les cadres du Parti et de ses organisations et les ambassadeurs d’Allemagne, d’Italie et du Portugal.

Dans les médias, le processus de construction fut remarquablement suivi. L’expression « Valle de los Caídos » semble venir de la couverture médiatique, puisque ce nom n’apparaît ni dans le décret fondateur du 1er avril 1940, ni dans d’autres documents de cette même année ou de la suivante, alors que le journal ABC de Séville du 4 avril 1940 l’a utilisé, ainsi que La Vanguardia Española du 7 mai 194232. Franco l’inaugura à la date emblématique du vingtième anniversaire de la victoire militaire, le 1er avril 1959, lors d’un acte protocolaire de grand apparat, relayé par la presse et dans le programme du NO-DO.

Comme on le remarquera, le Valle comporte différentes dimensions en raison de sa condition singulière, qui ont influencé sa longue édification. En ce sens, la construction de l’œuvre a pris plus de temps que prévu parce qu’elle a subi diverses modifications, notamment l’élargissement de la crypte. Les nouvelles dimensions ont doublé le projet initial, dans le but d’atteindre l’aspect colossal recherché par Franco : le transept et la nef atteignent 262 mètres de longueur pour une hauteur maximale de 41 mètres. Il a fallu creuser le sol et surélever la voûte33.

Le retard dans l’inauguration, repoussée à 1959, était également dû aux difficultés rencontrées par les autorités pour exhumer le grand nombre de restes mortels de « ceux qui sont tombés » qu’on prétendait inhumer. Devant l’insuffisance de cadavres trouvés, le 23 mai 1958, Camilo Alonso Vega, alors ministre du Gouvernement et président du Conseil des Travaux du Monument National du Valle de los Caídos, adressa une lettre aux Gouvernements locaux, dans laquelle il sollicitait une contribution aux « maires, à la Guardia Civil, aux prêtres de paroisse et aux autorités locales » dans la tâche initiale qui donne sens au monument prêt à être inauguré, tâche qui consiste à rassembler les restes mortels, puisque la formation d’un immense ossuaire de la guerre civile se trouvait être la justification centrale de la construction de cet édifice monumental. Ainsi, on spécifiait qu’« il faut adopter les mesures nécessaires pour accomplir l’une des finalités poursuivies avec l’édification de ce monument : celle d’y donner sépulture à ceux qui furent sacrifiés pour Dieu et pour l’Espagne et à ceux qui tombèrent dans notre croisade, sans distinction du camp dans lequel ils combattirent, comme l’impose l’esprit chrétien de pardon qui inspira sa création, tant que les uns et les autres fussent de nationalité espagnole et de religion catholique34. »

On pouvait lire, dans la rédaction de la lettre, les différents traitements envers ceux qu’on prétendait inhumer à Cuelgamuros, bien que l’élargissement du spectre des victimes puisse être favorisé par une tentative du régime d’améliorer son image sur le plan international. Ainsi, à peine un an avant, dans le Décret-Loi qui créait la Fondation de la Sainte Croix du Valle de los Caídos, il était rappelé que le monument grandiose avait été érigé pour « perpétuer la mémoire de ceux qui sont tombés dans la Croisade de Libération, en l’honneur de ceux qui ont donné leur vie pour Dieu et pour la Patrie, et qui sont un exemple pour les générations à venir35 ». Mais le sens chrétien qu’acquérait le monument avec la construction de la basilique, recommandait que « le devoir sacré d’honorer nos héros et nos martyrs doit toujours être accompagné du sentiment de pardon qu’impose le message évangélique ». En effet, pour le franquisme, les corps qu’on ordonnait d’y enterrer n’y étaient pas en vertu de la même dignité : certains répondaient à la catégorie de héros et martyrs, tandis que d’autres y seraient par concession de la grâce du pardon de la part des vainqueurs.

La réalité fut d’ailleurs beaucoup plus prosaïque. De nombreuses familles dont on avait présupposé qu’elles accepteraient que leurs parents fussent enterrés au Valle de los Caídos refusèrent de donner leur autorisation pour le déplacement, par conséquent les autorités se trouvèrent dans l’obligation d’exhumer des restes de républicains. Des milliers d’entre eux avaient été enterrés dans des fosses communes, près des murs des cimetières, dans des terrains vagues ou des fossés. Ce fut ainsi que, à partir de 1959, depuis maintes villes et villages, des milliers de cadavres furent transportés et déposés dans les columbariums du Valle, dans la plupart des cas sans en informer les familles. D’après les registres, les restes de 33 847 personnes y reposent. Parmi elles, environ 21 400 sont des victimes identifiées, et quelques 12 400 ne le sont pas. La filiation de celles-ci est devenue impossible à établir de nos jours, du fait des mauvaises conditions dans lesquels le transport a été effectué, du manque d’identification à l’origine, en particulier pour les victimes républicaines, et à cause des glissements de terrain successifs qui ont affecté ces columbariums. On sait, grâce aux interventions et aux rapports techniques réalisés en 2004 et 2010, qu’une partie des columbariums sont touchés par un fort processus de détérioration interne du fait des infiltrations, de l’humidité et du stress thermique que subit ce monument. On sait également que cette détérioration affecte les columbariums, toutefois de manière différente selon les cryptes. On sait aussi qu’au fur et à mesure des années, se sont produit des mouvements mal documentés de boîtes et de restes dans les ossuaires, dont l’identification demande davantage de recherche.

Le Valle est ainsi devenu un gigantesque cimetière, dont la signification est liée aux dimensions de la pratique commémorative, où la gestion physique des cadavres des victimes et des martyrs est devenue un élément central de la politique de la mémoire développée par la dictature, une politique qui induisait une lecture du passé, du présent et de l’avenir36. Il est tout aussi important de rappeler que la construction de l’ensemble monumental avait commencé dès 1941 avec, aux côtés des travailleurs employés, de nombreux prisonniers politiques sous la houlette du Patronat Central de Rédemption de Peines par le Travail. Bien qu’on ne dispose pas de données définitives tant sur le nombre de travailleurs prisonniers que sur les ouvriers libres qui participèrent à la construction, on suppose qu’ils furent environ 20 000. Concernant les prisonniers, différents auteurs ont insisté sur le fait que beaucoup d’entre eux avaient été condamnés à mort, sentence qui fut ensuite commuée en 30 ans de prison.

Bien que la composante funéraire de l’ensemble monumental soit fondamentale, son importance comme lieu de mémoire et d’exaltation de la dictature est associée à d’autres composantes autant ou davantage significatives. L’Ensemble Monumental a des connexions symboliques et idéologiques avec les discours des fascismes de l’Europe de l’entre-deux-guerres et avec la version espagnole du national-catholicisme. Ainsi, l’édifice illustre les principes fondateurs de la dictature : l’exaltation du coup d’État militaire de juillet 1936 et la conception de la Guerre civile comme une croisade, la célébration de la victoire franquiste dans cette guerre et le souvenir de ses morts, enfin l’exaltation de la figure du dictateur.

Le projet artistique et architectural a été conçu à l’échelle monumentale, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur : de l’imposante croix de béton, les escaliers et l’esplanade, capable de recevoir jusqu’à 200 000 personnes durant les rassemblements et les cérémonies patriotiques, à la nef intérieure. Les grandes dimensions de la basilique s’expliquent par la volonté de réussir à rendre l’aspect colossal voulu par Franco ; on a dû perforer la roche dans des conditions extrêmes et durant très longtemps, pour atteindre la profondeur requise37.

Dans l’espace le plus remarquable de l’intérieur de la basilique, se trouvaient les tombeaux de Francisco Franco et de José Antonio Primo de Rivera. Ce dernier fut transféré dès 1959 et Franco après sa mort, en 1975. Les restes du Caudillo purent être enfin exhumés le 24 octobre 2019, suite à un long processus qui a suscité des tensions. Il était fondamental d’y procéder, car sa permanence à Cuelgamuros était devenue un symbole de la faiblesse des politiques mémorielles publiques de la démocratie espagnole. L’ensemble monumental de Cuelgamuros est patrimoine de l’État, et la permanence de Franco en cet endroit impliquait que l’État démocratique permettait qu’on continue à rendre hommage à celui qui fut à la tête de la dictature la plus longue et sanguinaire de l’histoire contemporaine espagnole. Le déplacement de la tombe de José Antonio Primo de Rivera est resté dans l’attente d’un mouvement plus large, associé à la resignification globale de l’ensemble.

Exhumacion de Franco

Exhumation des cendres de Francisco Franco, 2019.

Ce ne sont pas seulement les tombes des figures les plus importantes de la dictature franquiste qui relient aujourd’hui directement la basilique au franquisme ; les huit statues qui représentent, par paires, les trois forces armées et les milices volontaires des troupes du soulèvement fournissent un exemple de la signification du monument. La mosaïque de la coupole est encore plus significative : elle représente le Jugement dernier, avec la présence des groupes de soldats de l’armée franquiste et les « civils sacrifiés ». Parmi les images, des canons, des soldats et les drapeaux de la Phalange et du Requeté ressortent de façon ostensible, en plus du drapeau utilisé par les armées dans la zone du soulèvement. Ainsi donc, la reproduction de la mosaïque de la voûte explicite qui faisait partie du « cortège des bienheureux », où il n’y avait pas de place pour ceux qui défendirent la légalité en vigueur et qui représentent l’Espagne vaincue.

L’impression de magnificence est encore plus frappante vue de l’extérieur. Une immense croix de 150 mètres de hauteur, visible à de nombreux kilomètres de distance, préside l’ensemble. Sa dénomination, Cruz de los Caídos [Croix de ceux qui sont tombés], est une déclaration des principes politiques et, en conséquence, ce n’est pas un simple élément religieux, mais la représentation du triomphe du national-catholicisme. Puisque le discours politico-religieux a fait de l’assaut du pouvoir une Croisade, cette croix symbolise la lutte et la victoire de ceux qui se sont soulevés en utilisant le nom de l’Espagne.

La gigantesque esplanade située sous la croix était conçue pour les rassemblements de masses. Toute l’esplanade est couverte de symboles liés à l’empire. Les blasons extérieurs, qui apparaissent à droite et à gauche, sont une création franquiste, puisqu’ils n’existaient pas tels quels ni au XIXe siècle ni au XXe jusqu’alors, même si, on le sait bien, le régime franquiste prétendait faire le lien avec l’Espagne impériale et qu’il y faisait référence.

En définitive, on peut dire qu’il n’y a pas, en Espagne, de monument franquiste plus chargé de symboles que celui qui a été construit à Cuelgamuros. Depuis sa création et jusqu’à nos jours, cet espace monumental a rempli la fonction pour laquelle il a été créé. Le journal ABC l’affirmait clairement en avril 1940, Franco voulut comme « tous les grands dirigeants cherchant dans l’architecture le muet et magnifique langage des pierres, (...) dire aux générations futures ce que furent sa puissance et sa gloire38 ».

Resignifier pour aider à comprendre

Devant le caractère emblématique du Valle de los Caídos en tant qu’espace d’hommage au régime franquiste et à ses valeurs, la Loi de Mémoire Historique de 200739 se pencha sur une possible resignification. Afin de respecter les dispositions de la loi, le ministère de la Culture constitua une Commission technique d’experts qui rédigea un « Rapport sur l’ensemble monumental de Cuelgamuros ». Ce rapport fut pris en compte par la nouvelle Commission d’experts créée en 2011 au sein du ministère de la Présidence, avec l’accord du Conseil des ministres, afin d’élaborer un rapport spécifique sur le projet du Valle de los Caídos40.

Suite au triomphe du Parti Populaire aux élections de la fin 2011, l’application de la loi est restée en suspens, de sorte que les politiques publiques mémorielles guidées par les principes de vérité, justice et réparation ne reprirent qu’au changement de gouvernement suivant. En 2018, lorsque le PSOE forma son gouvernement, l’un de ses engagements phares fut l’exhumation des restes de Franco du Valle de los Caídos, conformément au mandat parlementaire du 11 mai 2017. Comme nous l’avons signalé précédemment, diverses difficultés se sont présentées, mais l’exhumation, réalisée en 2019, fut un événement historique très fort sur le plan symbolique.

L’exhumation de Franco, tout en constituant un événement important, ne représente qu’un élément d’une intervention qui doit être élargie, si l’on prétend atteindre une resignification intégrale, capable de permettre la relecture complète de l’ensemble monumental. Différentes initiatives pourraient s’avérer essentielles. Mais si l’on part du principe d’une conservation du monument, si l’on prétend lui donner une nouvelle signification, il s’avère indispensable d’« expliquer » ses caractéristiques et son contenu. Le monument fut érigé en l’honneur du soulèvement militaire franquiste et propose un récit de la victoire de 1939 afin de lui rendre un hommage éternel. Pour que le Valle de los Caídos cesse d’être le lieu de mémoire de la dictature qu’il est encore à l’heure actuelle, il serait fondamental d’y construire un Centre d’Interprétation qui permette d’observer l’ensemble monumental d’un regard nouveau : non pas comme un lieu d’hommage, mais comme un témoignage d’une époque et de quelques-unes des valeurs de ce régime dictatorial.

Le Centre d’Interprétation devrait illustrer l’origine du projet de construction de tout l’ensemble d’édifices : Basilique, Croix, esplanade, Abbaye et hôtellerie. Il devrait expliciter dans quel contexte socio-politique a été mise en œuvre cette construction et qui y participa. En ce sens, il est fondamental de rappeler l’utilisation de prisonniers républicains aux différentes étapes de son exécution. Même si cette pratique est historiquement habituelle chez les vainqueurs envers les vaincus, le poids symbolique de l’emploi de prisonniers dans la construction du Valle de los Caídos est indéniable : des hommes qui furent incarcérés pour avoir défendu la légalité républicaine face à un coup d’État furent obligés de participer à la construction du mausolée. La symbologie que renferme l’ensemble monumental est également illustrative, puisqu’elle est entièrement dédiée à la victoire de Franco dans la guerre civile et au national-catholicisme. Conçu comme un lieu symbolique de la dictature franquiste, c’est cette finalité qui fait sens en chacun de ses éléments, que ce soit les blasons, les sculptures ou les allégories.

Les politiques publiques de mémoire de la démocratie ne peuvent pas et ne doivent pas déterminer ce qui est important sur le plan historique, en revanche, elles doivent se conformer aux principes de vérité, justice et réparation.

La dictature a laissé un lourd héritage dans l’imaginaire collectif de la citoyenneté espagnole. Les connaissances historiographiques accumulées durant les quarante dernières années sont considérables ; cependant, les politiques de la dictature franquiste sont inconnues de la majeure partie de la population, au-delà de quelques éléments génériques, dont l’affirmation est par ailleurs subordonnée aux cultures politiques, elles-mêmes influencées par les discours diffusés durant des décennies par le régime. La longue durée de la dictature a facilité le fait que le sens réel des origines du franquisme ne soit pas compris par une partie de la société. Ceci a favorisé la persistance de visions acritiques envers l’une des dictatures les plus sanguinaires de l’Europe contemporaine, visions qui marginalisent les victimes du franquisme vis-à-vis de la communauté. Il en va de même pour cette partie de la société qui a mis en danger sa liberté, sa sécurité personnelle, et parfois même sa vie, dans la lutte pour la démocratie. Un État démocratique, instauré après une dictature, ne peut pas se permettre l’oubli ou l’équivalence, d’autant plus que le passé dictatorial a pesé sur la vie d’une partie des citoyens. Une démocratie consolidée doit répondre à l’éthique de la responsabilité, mais aussi à l’éthique de la justice. On peut affirmer, avec Tony Judt, que « pour pouvoir commencer à oublier, une nation doit d’abord s’être souvenu ». Et comme il le précise, l’instrument du souvenir, ce n’est pas la mémoire elle-même. C’est l’histoire, avec ses deux significations : le passage du temps et surtout, l’étude professionnelle du passé41.

L’histoire devrait être projetée à travers la mémoire. La fonction de l’historiographie est de comprendre et d’expliquer les faits historiques, les changements et les continuités qui expliquent le présent des sociétés. Les sociétés sont plurielles et en leur sein coexisteront toujours des mémoires diverses. Mais un État démocratique doit agir à la lumière des valeurs démocratiques. Le projet de mémoire le plus important de la dictature franquiste s’est concrétisé au Valle de los Caídos, et la resignification démocratique des politiques franquistes de mémoire trouve à Cuelgamuros l’un de ses champs d’action les plus importants. Bien que ce soit avec beaucoup de retard, on relierait ainsi la mémoire démocratique en Espagne à la mémoire européenne, qui se trouve aujourd’hui également entravée par divers assauts révisionnistes.

Il n’y a pas de lendemain sans hier. Un défi des politiques publiques de la mémoire consiste en une conversion des référents de la dictature, comme la Vallée de Cuelgamuros, non pas en source de reconnaissance, mais de connaissance.

Unfold notes and references
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1

Andreas Huyssen, En busca del futuro perdido. Cultura y memoria en tiempos de globalización, México, Fondo de Cultura Económica, 2002, p. 13 et 7.

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2

Pedro Ruiz Torres, « Los discursos de la memoria histórica en España », Hispania Nova. Revista de Historia Contemporánea, vol. 7, 2007, p. 29.

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3

Nicola Gallerano, L’uso pubblico della storia, Milan, FrancoAngeli, 1995, p. 7.

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4

Francis Fukuyama, El fin de la historia y el último hombre, Barcelone, Planeta, 1994. N.d.t : version française : Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992.

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5

Luciana Soutelo, « Usos del pasado en las sociedades ibéricas: presentismo y memoria-prótesis », Clepsidra. Revista Interdisciplinaria de Estudios sobre Memoria, vol. 4, n° 7, mars 2017, p. 86.

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6

Enzo Traverso, El pasado, instrucciones de uso. Historia, memoria, política, Madrid, Marcial Pons, 2007, p. 97-98.

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7

Régine Robin, La mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.

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8

Juan Sisinio Pérez Garzón, « Memoria e Historia: reajustes y entendimientos críticos », Ayer, vol. 86, 2012.

Retour vers la note de texte 17727

9

Alain Touraine, « Memoria, historia, futuro », in Academia Universal de las Culturas, ¿Por qué recordar?, Barcelone, Granica, 2002, p. 200. N.d.t. : original en français : Alain Touraine, « Mémoire, histoire, avenir », in Françoise Barret-Ducrocq (dir.), Pourquoi se souvenir ?, Paris, Grasset, 1999.

Retour vers la note de texte 17728

10

Antoine Prost, Doce lecciones sobre la historia, Cátedra, Madrid, 2001, p. 302. N.d.t. : original en français : Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996.

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11

Marcial Sánchez Mosquera, « Memorias: actores, usos y abusos. Perspectivas y debates », Entelequia, Revista Interdisciplinar: Monográfico, vol. 7, septembre 2008, p. 107.

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12

Francisco Franco, « Discurso ante la representación sindical al recibir la medalla de oro laureada del mérito en el trabajo », 18 juillet 1953, in Discursos y Mensajes del Jefe del Estado 1951-1954, Madrid, Ediciones del Movimiento, 1955, p. 356.

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13

Almirante Carrero Blanco, Discursos y escritos 1943-1973, Madrid, Instituto de Estudios Políticos, 1974, p. 102.

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14

Giuliana Di Febo, Ritos de guerra y de victoria en la España franquista, Bilbao, Desclée, 2002.

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15

Paloma Aguilar, Memoria y olvido de la Guerra Civil española, Madrid, Alianza Editorial, 1996.

Retour vers la note de texte 17734

16

Paloma Aguilar, « Memoria y transición en España. Exhumaciones de fusilados republicanos y homenajes en su honor », Historia y Política, vol. 39, 2018, p. 291-325.

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17

Jordi Font, « La construcció d'un imaginari democràtic a l’Estat espanyol. Avenços i retrocessos a la primeria del segle XXI », in Memòria i vigència d'un compromís. Universitaris contra la dictadura (catálogo de exposición), Valence, Universitat de València, 2013, p. 151-161.

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18

Une synthèse du débat in Gian Enrico Rusconi (dir.), Germania: un passato que no passa. I crimini nazisti e l’identità tedesca, Turin, Einaudi, 1987. Bilans sur la question in Goffrey Eley, « Nazism, Politics and the Image of the Past: Thoughts on the West German Historikerstreit 1986-1987 », Past and Present, vol. 121, 1988; Hans-Ulrich Wehler, Le mani sulla storia. Germania riscrivere il passato?, Florence, Ponte alle Grazie, 1989.

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19

Maurizio Ridolfi « Rituali della memoria e linguaggi dell’antifascismo », in Alberto De Bernardi et Paolo Ferrari (dir.), Antifascismo e identità europea, Rome, Carocci, 2004.

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20

Cf. Comme principal exemple Renzo De Felice, Rojo y negro, Barcelone, Ariel, 1996. Une révision du révisionnisme in Nicola Tranfaglia, Un passato scomodo. Fascismo e postfascismo, Rome-Bari, Laterza, 1999.

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21

Santos Juliá, « Echar al olvido. Memoria y amnistía en la transición », Claves de Razón Práctica, vol. 129, 2003.

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22

Paul Ricoeur, Memoria, historia y olvido, Madrid, Trotta, 2003. N.d.t. : Version française : Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.

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23

Ismael Saz, « El “moment memòria”. Justícia, veritat i reconciliació democràtica », Afers, vol. 56, Valence, 2007, p. 34.

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24

Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984-1992, 7 vols.

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25

Josefina Cuesta, « Historia y memoria. Un estado de la cuestión », Ayer, vol. 32, 1998, p. 217.

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26

Javier Muñoz Soro, « Arquitecturas y símbolos del fascismo en la ciudad democrática », in Julio Ponce et Miguel Ángel Ruiz Carnicer (dir.), El pasado siempre vuelve. Historia y políticas de memoria pública, Saragosse, Prensas Universitarias de Zaragoza, 2021, p. 212.

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27

Fernando Olmeda, El Valle de los Caídos. Una memoria de España, Barcelone, Península, 2009, p. 11.

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28

Zira Box, España, año cero. La construcción simbólica del franquismo, Madrid, Alianza Ed., 2010, p. 122.

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29

Daniel Sueiro, La verdadera historia del Valle de los Caídos, Madrid, Sedmay, 1976, p. 10-13.

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30

Décret-Loi du 23 août 1957.

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31

Francisco Ferrándiz, « Guerras sin fin: guía para descifrar el Valle de los Caídos en la España contemporánea », Política y Sociedad, vol. 48, n° 3, 2011, p. 487.

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32

Lluis Quintana, « Un lloc de memòria desafortunat. El cas del Valle de los Caídos », in Gabriel Sansano (dir.), Silenci, oblit i preservació de la memòria democràtica, Alicante, Universitat d’Alacant, 2017, p. 132.

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33

Fernando Olmeda, El Valle de los Caídos. Una memoria de España, Barcelone, Península, 2009, p. 147.

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34

On peut confirmer à la lecture de ce texte que les autorités avaient alors décidé de réorienter l’usage de l’expression « caído »[tombé]. Parmi les nombreuses références sur la question, cf. Francisco Ferrándiz, « Guerras sin fin: guía para descifrar el Valle de los Caídos en la España contemporánea », Política y Sociedad, vol. 48, n° 3, 2011, p. 489.

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35

Décret-Loi du 23 août 1957.

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36

Javier Rodrigo, « “Y aquí, luego, yo”. Sobre los debates en torno al Valle de los Caídos », in Julio Ponce et Miguel Ángel Ruiz Carnicer (dir.), El pasado siempre vuelve. Historia y políticas de memoria pública, Saragosse, Prensas Universitarias de Zaragoza, 2021, p. 164 et p. 171.

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37

La description de l’ensemble monumental provient du dossier fourni par la Commission d’experts pour le futur Valle de los Caídos à Ramón Jáuregui, ministre de la Présidence, le 29 novembre 2011. L’autrice faisait partie de cette Commission. Le document peut être consulté sur la page web https://digital.csic.es/handle/10261/85710.

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39

Loi 52/2007 du 26 décembre, « por la que se reconocen y amplían derechos y se establecen medidas a favor de quienes padecieron persecución o violencia durante la Guerra Civil y la dictadura » [par laquelle sont reconnus et amplifiés les droits et sont établies les mesures en faveur de ceux qui souffrirent de persécution ou de violence durant la guerre civile et la dictature], BOE nº 310.

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40

Ordre du 27 mai 2011. Pour une approche de cette dernière commission, on peut lire l’une de ses membres : Alicia Alted, « El Valle de los Caídos: ¿espíritu de cruzada o símbolo de reconciliación? », Ayer, vol. 98, 2015.

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41

Tony Judt, Posguerra. Una historia de Europa desde 1945, Madrid, Taurus, 2006, p. 1182-1183.